Par Keita MOUSSA étudiant en master 2 à l’institut des études africaines à l’université normale de Zhejiang. – Toutes les données prouvent in extenso que l’avenir des relations sino-africaines garde plein de surprises, et l’heure n’est pas aux prédictions sur une amitié à peine entrée dans sa phase apothéotique.

D’emblée, il faut rappeler le caractère historique et séculier des échanges sino africains, l’histoire remonte au XVème siècle sous la dynastie Ming, l’empire du milieu à son apogée envoya entre 1405 -1433 l’expédition la plus grande de l’époque.

Les Amiraux «Zheng He et Wang He menèrent sept grandes campagnes jusqu’à l’Afrique[1]». Cette histoire est connue, une litanie que connaissent les spécialistes de la Chine et ses relations avec le reste du monde.

Entre 1960 et 1970, le nombre de bateaux, dont chacun autrefois représentait une révolution dans l’histoire de la marine mondiale, ils mesuraient chacun «140 mètres, soit  5 fois plus supérieure au plus gros navire européen[2]».

Les côtes africaines de Somalie et du Kenyan ont été visitées par l’expédition, qui n’était pas composée que de militaires, mais aussi d’hommes de cultures et de sciences. Donc le XVème siècle est officiellement reconnu comme le départ des premiers contacts entre les deux  régions, malgré que d’autres documents soutiennent l’existence de sources entre les deux continents depuis le XIème siècle[3].

Le partenariat sino-africain est l’évolution d’une amitié soumise aux épreuves du temps et faisant ses pas selon les différents pays concernés et les changements de pouvoirs à Pékin depuis 1949.

Après l’ère de Mao Zedong, fort marquée par la lutte contre l’impérialisme (soutien de l’Etat chinois aux mouvements de libération : FRELI MO, UNITA, ZANU, ANC au RD Congo…) au lendemain de la proclamation du tiers monde à la Conférence de Bandung en 1955. Une politique internationale basée sur le respect des peuples et pays – quel qu’en soit leur niveau économique ou politique – fut établie.

L’Etat chinois à travers la clairvoyance de Zhou Enlai définit les fameux huit principes de la politique étrangère du pays, «lors de sa visite à 14 pays asiatiques et africains au début de 1964, Zhou Enlai  a pour la première fois posé les Huit principes de l’aide chinoise à l’étranger, basés sur l’égalité, les bénéfices réciproques, le respect de la souveraineté des pays aidés et l’absence de conditions additionnelles[4]».

L’établissement d’un espace de dialogue tri-annuel entre les leaders des deux parties en 2000, notamment le Forum sur la Coopération Afrique Chine (FOCAC), ouvre une nouvelle voie dans les rapports entre les deux parties.

Culture, Politique, Economie, Diplomatie, Commerce, Education, toutes les voies sont désormais ouvertes pour une coopération qui se veut plus réciproque et égalitaire.  Depuis 2000, le Forum a eu lieu sept fois dont le dernier en date s’est ouvert le 03 septembre 2018.

C’est en 2006, celui élevé en sommet pour la première fois à Pékin, que les engagements pris ont mis au cœur l’éducation dans les priorités. Hormis les constructions d’établissements d’enseignement primaire, secondaire et voire universitaire (la dernière en date est l’Université de Kabala en République de Mali, inauguré le  03 mars 2017, un complexe universitaire financé à hauteur de 85% par l’Etat chinois), la Chine a construit 96 établissements à travers le continent.

En 2014, on évaluait jusqu’à 46, le nombre d’Institut Confucius[5], ceci pour dire que le soft-power chinois est en plein essor dans le continent. Outre, il est à constater un nombre croissant d’étudiants africains dans les universités chinoises, la mobilité de ceux-ci vers ce pays est un phénomène qui s’amplifie et cela grâce à la volonté générale du gouvernement de Pékin, qui consiste à internationaliser les universités chinoises, en même temps, aider à l’assistance technique et scientifique destinée aux pays en voie de développement.

Dans un article intitulé «la Chine, nouvelle destination phare des étudiants africains»[6], on pouvait lire une indicible joie sur le portrait d’une jeune étudiante africaine, bénéficiaire de la bourse du gouvernement chinois : une Chine qui donne la joie à de nombreux étudiants du continent.

A travers le ministère chinois du commerce (MOFCOM, Ministry of Commerce of the People’s Republic of China), le Conseil des Bourses de Chine CSC, China Scolarship Council) et les Bourses Confucius, des milliers d’Africains sont bénéficiaires de programmes d’études gratuits ou semi gratuits dans les universités chinoises, même prestigieuses.

A l’issue du Forum de 2015, la Chine s’est engagée à offrir 30 000 bourses aux étudiants africains, dont j’ai eu le privilège d’obtenir dans le courant 2016. La rentrée de 2018 laisse voir une augmentation de 35% le nombre d’étudiants africains inscrits, soit 50 000 selon la publication du journal le monde le 18 Septembre 2017. A coté de ces bourses complètes, il existe de bourses provinciales et universitaires généralement partielles destinées aux étudiants internationaux.

Beaucoup d’étudiants africains bénéficient ces bourses, ainsi épanchant enfin leur envie de découverte de l’extérieur. Les universités exemptes de mesures mesquines ont tendance à attirer de nombreux jeunes gens du continent africain. Une nouvelle ligne se dessine déjà, certes la friandise vers les universités européennes demeure forte enracinée, cependant émerge une nouvelle option qui lâche la bride à l’étudiant africain.

Les relations sino-africaines ne se caractérisent pas seulement au schéma classique (mines contre argent). Le soft power chinois respire, s’exprime à grand poumon, autrefois la langue chinoise perçue n’être que l’apanage du citoyen chinois, se parle quotidiennement par les jeunes apprenants du continent sans prendre un billet pour la Chine. Mieux en guise d’encouragement ces apprenants, à travers les bourses Confucius, sont nombreux à poursuivre leur formation dans l’Empire du Milieu.

Cette tendance intervient au moment où l’Europe, notamment la France construit des labyrinthes sur le sentier du rêve de milliers de jeunes africains francophones. Le Premier ministre français, Mr Edouard Philippe, déclarait en ses mots que réussir ses études en France est un « mérite », mais bien plus naturellement un justificatif de mesures discriminatoires sinon mesquines. Alors, on est en mesure de relativiser cette déclaration, loin d’être des méritants, ses étudiants sont des rescapés de l’odyssée menant aux universités françaises.

La main tendue du mandarin – dans ce contexte – devant une jeunesse objet d’antipathie occidentale, n’a rien de mal. D’ailleurs elle contribue à la déconstruction de l’imaginaire, celui qui continue à croire que : «Tout développement passe nécessairement par l’occidentalisation», et par conséquent il faut être de l’occident pour se développer.

[1] L’Empire chinois, Mieux comprendre le future numéro 1 mondial : Histoire et Actualité de la diaspora chinoise, par Pierre Picquart, aux Editions Favre 2004, p.23.

[2] Du même livre de Pierre Picquart à la même page

[3] Histoire Générale de l’Afrique Volume I-méthodologie et Préhistoire africaine, UNESCO (1997),p. 118( dans la note).

[4] Le rêve chinois et le monde, Interprétation de l’esprit du XVIIIe Congrès du PCC, 336 par Huang Huaguang, Luan Jianzhang,  aux Editions en langues étrangères, Juillet 2013, p.336.

[5] Confucius, le nom du chinois le plus connu au monde et ayant beaucoup marqué la civilisation chinoise. Il a vécu entre 551-479 avant Jésus Christ, Confucius est considéré comme le premier éducateur de la Chine. Les centres d’enseignement de la langue chinoise à travers le monde portent son nom, d’où les centres Confucius.

[6] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/09/18/la-chine-nouvelle-destination-phare-des-etudiants-africains_5187402_3212.html