Depuis plusieurs jours, les médias occidentaux se demandent si les autorités chinoises utiliseront la force à Hong Kong, suite aux différentes actions menées par l’armée chinoise à Hong Kong et à Shenzhen.

Le gouvernement chinois laisse planer le doute sur sa possible intervention contre les manifestants. « Un coup de bluff » selon des experts interrogés par l’Agence France Presse. Ces derniers estiment que le risque économique devrait dissuader la Chine de se livrer à une démonstration de force dans l’ancienne colonie britannique.

« Ceux qui jouent avec le feu périront par le feu », a averti un haut responsable chinois, qui a dénoncé la violence croissante des manifestants contre la police. Cette dernière ne parvient d’ailleurs pas à endiguer les manifestations.

« Pékin utilise la menace de l’APL ou d’une autre forme d’intervention directe afin d’effrayer les manifestants », a expliqué Ben Bland, de l’institut australien Lowy. « Mais compte tenu du risque sur le terrain, ainsi que pour la réputation et l’économie de la Chine, envoyer l’APL serait très dangereux », a indiqué ce dernier.

Pour Wu’er Kaixi, ancien dirigeant étudiant du mouvement de Tiananmen, Beijing ne devrait pas envoyer l’armée dans les rues d’une place financière majeure comme Hong Kong. « Il ne faut pas oublier que le gouvernement chinois est mû par son intérêt et que l’intérêt personnel des dirigeants chinois est lié au maintien de la stabilité économique à Hong Kong », a expliqué ce dernier.

« Je pense qu’ils ont appris la leçon que le prix du recours à l’armée est très élevé », a souligné Wu’er Kaixi, ajoutant qu’une intervention militaire aurait un effet désastreux sur Taïwan, que Beijing tente de convaincre à rejoindre le giron chinois.

En effet, « la répression de Tiananmen a été une grande leçon pour le PCC », le Parti communiste chinois (PCC) au pouvoir, a expliqué le politologue Wu Qiang, ancien professeur de l’Université Tsinghua à Pékin.

Si Beijing ne fait pas intervenir l’armée, le pouvoir central pourrait dépêcher des soldats ou des policiers du continent, a supposé le sinologue Willy Lam, de l’Université chinoise de Hong Kong.

« Ils porteront des uniformes de la police de Hong Kong pour qu’il ne s’agisse pas d’un déploiement officiel », suppose-t-il. Or dans un communiqué, la police hongkongaise a démenti « les allégations » selon lesquelles des renforts du continent étaient déjà présents dans leurs rangs.

L’exercice anti-émeute s’est déroulé aux portes de Hong Kong, dans la métropole de Shenzhen. L’exercice a rassemblé pas moins de 12.000 hommes, a précisé la police locale, sur une vidéo destinée à faire peur aux militants hongkongais.

Mais pas seulement, car « il s’agit surtout d’empêcher la situation à Hong Kong de se propager à la Chine continentale », a estimé le professeur Wu Qiang.

« Ce qui fait peur au pouvoir chinois, ce sont les ramifications en Chine même », a de son côté souligné le sinologue Jean-Pierre Cabestan, de l’Université baptiste de Hong Kong. « Face à ce défi à la dictature du Parti », les dirigeants chinois « se sentent menacés et plus enclins à utiliser la répression » à Hong Kong, a prévenu ce dernier.