La Chine et la République dominicaine ont signé un accord portant sur l’établissement de liens diplomatiques bilatéraux, d’après le ministre des affaires étrangères, Wang Yi.

La République dominicaine a rompu ses liens «diplomatiques» avec Taïwan, le 1er mai 2018 lors de la signature cérémonie de signature à la Maison des hôtes de l’État Diaoyutai à Beijing, en présence de Wang Yi, conseiller d’Etat et ministre des affaires étrangères, et son homologue dominicain Miguel Vargas Maldonado.

Des enjeux économiques opportuns pour la République dominicaine

L’accord devrait apporter «d’énormes opportunités au développement de la République dominicaine», selon le ministre chinois, Wang Yi, évoquant «un nouvel élan des relations entre Chine et Amérique latine».

En effet, comme premier geste de soutien, la Chine a promit à la République Dominicaine 3,1 milliards de dollars (2,5 mds €) d’investissements, d’aides financières et de prêts à faible taux incluant 400 millions (328 M€) pour une autoroute, 1,6 milliard (1,3 mds €) pour des projets d’infrastructure et 300 millions (246 M€) pour une centrale au gaz naturel.

De son côté, Miguel Vargas a précisé que «nous échangerons des ambassadeurs très prochainement», et confirmé l’interruption immédiate de «contacts officiels» entre son pays et Taïwan.

«La République dominicaine reconnaît qu’il n’y a qu’une seule Chine et que Taïwan est une partie inaliénable du territoire chinois», a précisé à Saint-Domingue le gouvernement du président Danilo Medina. Une déclaration obligatoire pour tous les états établissant des relations avec la Chine continentale.

Le ministère taïwanais des relations internationales a déploré cette prise de position, estimant que «le président de la République dominicaine, Danilo Medina, a ignoré notre partenariat de long terme, les souhaits du peuple dominicain et les années d’aide au développement apporté par Taiwan, pour mieux accepter les fausses promesses d’investissement et d’aide de la Chine».

Pour Wang Yi, «cette décision importante et correcte prise par la République dominicaine est totalement conforme aux intérêts fondamentaux du pays et de son peuple, à la tendance de l’histoire et de l’époque, et au droit international et aux normes fondamentales des relations internationales. Nous l’apprécions hautement».

Taïwan perd un nouvel allié

La République dominicaine, qui compte 10 millions d’habitants et dont l’économie repose sur l’agriculture et le tourisme. Selon le groupe Coface, l’affaiblissement de la croissance du pays observé en 2017 devrait continuer en 2018, en raison de la baisse des dépenses et de l’investissement publics.  Toutefois, «la croissance devrait rester soutenue, stimulée par une hausse des arrivées touristiques et une forte consommation privée».  

Taipei a remercié la République dominicaine pour sa coopération au fil des ans. Mais «l’histoire et la réalité socio-économique nous obligent à changer de cap», s’est justifié le gouvernement dominicain, défendant une décision «extraordinairement positive pour l’avenir du pays».

Taïwan ne compte désormais plus que 19 Etats reconnaissant encore son gouvernement, parmi lesquels le Vatican, des nations du Pacifique et d’Amérique latine (Honduras, Guatemala, Nicaragua…), mais aussi d’Afrique (Burkina Faso). Haïti, qui partage l’île d’Hispaniola avec la République dominicaine, reste encore fidèle à Taipei.

Après le Costa Rica en 2007, la Gambie en 2013 et Sao Tomé en 2016, le Panama en 2017, Taipei voit le nombre de ses alliés réduire rapidement. Taïwan a fermement condamné l’utilisation par la Chine de la «diplomatie du carnet de chèques» pour lui soustraire ses alliés diplomatiques, précisé le communiqué du ministère taïwanais des affaires étrangères.

«Les tentatives de Pékin ne font que creuser un fossé entre les peuples des deux rives du détroit de Taiwan, éroder la confiance mutuelle et heurter davantage les sentiments des taïwanais», a déploré le ministère.

Taïwan dénonce des promesses vaines de Beijing

Le ministère a également dénoncé les «importantes incitations financières offertes par Pékin pour mettre un terme à des relations diplomatiques vieilles de 77 ans avec Taïwan», dénonçant aussi les promesses faites par la Chine aux anciens alliés diplomatiques de Taïwan.

Le ministère a pointé du doigt les engagements pris par la Chine en 2007 d’accorder au Costa Rica, une aide d’1 milliard de dollars (820 millions d’euros) pour la construction d’une raffinerie et de 400 millions de dollars (328 millions d’euros) pour la construction d’autoroutes, qui «ne s’est pas traduit dans les faits».

Lors de l’établissement des liens diplomatiques entre la Chine et Sao Tomé-et-Principe, «les 140 millions de dollars (114,8 millions d’euros, ndlr) d’aide promis par Pékin ne se sont pas concrétisés, comme se sont évaporés les projets de construction d’un aéroport ou d’approfondissement d’un port».

Interrogé par l’Agence France Presse, Michael Cole, chercheur de l’Université britannique de Nottingham, a expliqué que «Taïwan doit concentrer son énergie sur des relations solides, diversifiées, constructives, avec ses partenaires non officiels». Selon lui, «Taïwan n’a plus les moyens» d’accorder des aides au développement.

D’autant plus que «la République dominicaine rejoint une longue liste de petits Etats parasitaires qui profitaient des largesses taïwanaises et jettent les principes par la fenêtre pour empocher davantage auprès de la Chine».