Les présidents congolais Denis Sassou Nguesso et chinois Xi Jinping ont convenu le 21 juin, lors d’un entretien téléphonique, de restructurer la dette congolaise envers la Chine.

Cette dette empêche la République du Congo de reprendre des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI), selon des sources officielles à Brazzaville.

Les présidents Xi Jinping et Denis Sassou-Nguesso

«La question de la dette a été évoquée par les deux présidents et le président Sassou Nguesso a posé le problème à son pair (…) en lui faisant une proposition d’une deuxième restructuration», a déclaré à la presse, Rigobert Roger Andely, ministre congolais des Finances.

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«Le président Xi Jinping a approuvé (la demande)», a indiqué ce dernier, rendant compte d’un entretien téléphonique des deux chefs d’État à l’Agence France Presse. «Cette restructuration, c’est pour permettre au pays d’avoir un peu plus de ressources pour faire face à ses propres besoins internes et de lever cet obstacle aux bonnes relations avec le FMI», a expliqué Rigobert Roger Andely.

Les experts chinois et congolais sont chargés «de pouvoir en fixer les modalités et les conditions», a-t-il expliqué. Le Congo doit à la Chine 1.300 milliards de FCFA (2 milliards d’euros), selon le gouvernement.

Or la dette globale du pays «s’élève actuellement en réalité à 6.016,5 milliards de FCFA (plus de 10 milliards d’euros) au 31 décembre 2020, soit 98% du PIB» a estimé le Premier ministre Makosso.

En 2019, la Chine avait déjà restructuré la dette du Congo, ce qui avait permis au pays de conclure un programme axé sur la Facilité élargie de crédit avec le FMI.

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Mais depuis lors, la dette congolaise évaluée à 110% du Produit intérieur brut (PIB) par le FMI est jugée «insoutenable», la norme communautaire en Afrique centrale étant de 70% du PIB, a expliqué à l’Assemblée nationale congolaise, le Premier ministre congolais Anatole Collinet Makosso.

Le FMI a suspendu son appui envers la République du Congo, qui est doublement frappé par la crise économique et sanitaire en raison de la baisse des prix du pétrole et la propagation du Covid-19. Contrairement à ce que certains experts attestent, la Chine ne reprend pas les infrastructures qu’elle a construites lorsque les débiteurs ne payent pas.

Cobus van Staden, chercheur sur les relations entre la Chine et les États africains à l’Institut sud-africain des affaires internationales (SAIIA) a expliqué au journal allemand DW que «toutes les recherches universitaires que je connais, concluent qu’il n’existe aucun exemple d’un tel piège de la dette. La question de la dette chinoise, ce n’est pas comme si la Chine allait saisir l’aéroport de quelqu’un. Ce n’est pas le cas en Afrique et ce n’est pas le cas ailleurs».  

Ce dernier a toutefois souligné le cas du Sri Lanka, en 2017. Le pays a cédé à la Chine l’exploitation du port de Hambantota pour une période de 99 ans en échange de l’effacement d’une dette d’un milliard de dollars.

De plus, en mars 2021, le Kenya a dû démentir que le port de Mombasa pourrait être saisi par la Chine à défaut du remboursement d’un prêt lié à la construction de la ligne de chemin de fer entre Mombasa et Nairobi.

Des cas isolés selon Kevin Acker, de l’Initiative de recherche sino-africaine de l’Université Johns Hopkins de Washington, qui a rappelé que « l’un des principaux moteurs des prêts chinois aux pays africains est de s’établir comme partenaires de développement et de construire un compromis politique ».

Il ajoute que « ce compromis se traduit par la reconnaissance de la Chine, et non de Taïwan. Il s’agit aussi de soutenir les initiatives de la Chine au niveau multilatéral, comme aux Nations unies ».

D’ailleurs, en mars 2021, des chercheurs allemands et américains ont publié une étude sur les prêts chinois, intitulé : « Un aperçu rare de 100 accords de prêt avec des gouvernements étrangers ». Cette étude a pointé du doigt la question des clauses secrètes devant être  respecter les pays africains.

Le Club de Paris, la plateforme commune de restructuration de la dette des pays occidentaux, s’est engagé à plus de transparence mais certains accords bilatéraux avec ses membres sont également très opaques, a constaté l’expert Cobus van Staden.

La situation pourrait s’inverser, selon Kevin Acker « bien que ces clauses secrètes existent, elles ne sont pas aussi puissantes que celles régies par le droit national. Si les lois d’un pays exigent la divulgation de ces accords, la divulgation n’enfreint pas la clause elle-même ». Ainsi, les pays africains pourraient imposer la transparence sur les accords de crédit.