Le président Xi Jinping a cherché à rapprocher les taïwanais en prononçant un discours assez dur lors du 40ème anniversaire de la publication du «Message aux compatriotes de Taïwan».

Son allocution n’a pas eu les effets escomptés, car selon des sondages et des interviews mis en avant par le South China Morning Post, Tsai Ing-wen bénéficie aujourd’hui d’un regain de soutien après la défaite de son parti politique lors des élections locales de l’an dernier.

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Les jeunes sont les plus sceptiques vis-à-vis du discours du président chinois. Interrogé par le SCMP, Kuo Lin-han, 26 ans, étudiant à l’Université de la culture chinoise à Taipei, a assuré que l’offre de Xi Jinping à Taïwan «est une arnaque totale».

En effet, Xi Jinping a proposé une réunification sur la base d’«un pays, deux systèmes», au terme duquel Taïwan accepte la souveraineté de la Chine continentale tout en étant autorisé à conserver ses propres systèmes économique et juridique.

Dans une enquête téléphonique, publiée le 21 janvier, par la Taiwan Public Opinion Foundation, 34,5% des 1 074 personnes interrogées ont salué sa prise de position, soit une augmentation d’environ 10 points de pourcentage après les élections de novembre 2018.

Les deux tiers ont déclaré qu’ils souhaitaient que Taïwan poursuive son autonomie ou déclare son indépendance officielle. Par ailleurs, le Conseil des affaires de la partie continentale du gouvernement taïwanais a constaté dans une enquête du 17 janvier auprès de 1 078 personnes que

  • 75,4% sont contre le principe «un pays, deux systèmes»,
  • 74,3% contre la condition de la Chine pour un dialogue formel,
  • 77,2% contre la Chine continentale pour avoir déclaré qu’il pourrait utiliser la force contre Taïwan si nécessaire.

« La chose la plus importante est que Xi Jinping a prononcé le discours sur Taïwan et que Tsai Ing-wen ait donné une réponse rare, qui a reçu un soutien important », a déclaré le président de la fondation, You Ying-lung. « Le facteur Chine l’aide à sortir d’un creux. »

Remis aux nationalistes de Chiang Kai-shek à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les forces du Kuomintang se sont réfugiées dans l’île après avoir perdu la guerre civile contre les communistes en 1949. Ces derniers ont depuis lors considéré Taïwan comme un territoire qui doit être finalement intégré au continent.

« De nombreux commentateurs pensent que Xi Jinping considère cela comme sa mission historique, ce qui a entraîné une augmentation importante du budget militaire de Beijing et de nouvelles pressions sur l’île, notamment en interrompant les contacts avec le gouvernement de Tsai Ing-wen », a indiqué le SCMP.

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Pour Andrew Yang, secrétaire général du groupe de réflexion Chinese Council of Advanced Policy Studies, le développement économique de la Chine et son influence mondiale aurait pu avoir un effet sur les taïwanais, mais ils « n’étaient pas impressionnés par la manière dont Pékin avait honoré ses promesses antérieures ».

« Hong Kong est totalement contrôlée par la Chine continentale », a déclaré Andrew Yang. « Même s’ils ont leur autonomie, ils ont une liberté limitée et il n’y a certainement pas de démocratie à Hong Kong, en ce qui concerne les Taïwanais », a ajouté ce dernier.

Il est « peu probable » que Beijing présente une nouvelle proposition dans un avenir proche, a déclaré Yun Sun, associé principal du programme Asie de l’Est du groupe de réflexion Stimson Center à Washington.

Les dirigeants de Beijing « savent à quel point la proposition a été et sera impopulaire », a déclaré Yun Sun. D’autant plus que l’enjeu économique pourrait jouer en leur faveur. En effet, la perte des élection par le parti au pouvoir vient des difficultés de Tsai Ing-wen à nouer des liens économiques avec le continent.

De plus, elle n’avait pas suffisamment contré les pressions militaires et diplomatiques de Beijing. Le monde des affaires taïwanais avait d’ailleurs exhorté Tsai Ing-wen à accepter le principe «un pays, deux systèmes», pour booster le commerce intérieur et extérieur.