Les hauts diplomates du Japon, des États-Unis et de la Corée du Sud ont déclaré qu’ils s’opposaient à toute tentative de modifier du statu quo des territoires par la force, alors que la Chine s’affirme de plus en plus dans la région Asie-Pacifique.

La rencontre du ministre japonais des Affaires étrangères, Yoshimasa Hayashi, du secrétaire d’État américain, Antony Blinken, et du ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Park Jin, s’est tenue à New York en marge de la session annuelle de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Selon Kyodo News, le gouvernement japonais a déclaré – dans un communiqué de presse séparé – que les trois pays feront progresser leur coopération tripartite en matière de sécurité, tout en renforçant les capacités de dissuasion des alliances américano-japonaises et américano-coréennes.

La réunion a également souligné l’élargissement de la coopération trilatérale des pays au-delà de la Corée du Nord, Antony Blinken a déclaré au début des pourparlers que les relations tripartites sont importantes pour les États-Unis, afin de résoudre efficacement les problèmes de sécurité régionale et les défis mondiaux.

Les trois ont affirmé leur engagement commun à soutenir les besoins des nations insulaires du Pacifique, une région dans laquelle la Chine gagne en influence. Ils ont évoqué un meilleur accès au financement climatique et des efforts pour renforcer la sécurité maritime et lutter contre la pêche illégale, selon le communiqué conjoint.

Ils ont également condamné l’agression de la Russie contre l’Ukraine et souligné qu’ils « s’opposeront à toute tentative de modifier le statu quo des territoires et des zones par la force ou la coercition partout dans le monde ».

L’affirmation est intervenue alors que l’Occident craint que Taiwan puisse devenir la « prochaine Ukraine ». Les tensions entre les États-Unis et la Chine se sont intensifiées suite à la visite de la présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, Nancy Pelosi, à Taiwan. La Chine avait alors effectué des exercices militaires à grande échelle dans les environs.

La question des semi-conducteurs

Outre la géopolitique, cette alliance tripartite des principaux pays fabricants de puces vise à sécuriser leur chaîne d’approvisionnement en semi-conducteurs, afin d’empêcher la Chine d’atteindre la pointe de l’industrie, ont déclaré des analystes à CNBC.

Les États-Unis, la Corée du Sud, le Japon et Taïwan, qui possèdent de solides industries des semi-conducteurs, ont cherché à forger des partenariats autour de cette technologie critique.

« La raison immédiate de tout cela est sans aucun doute la Chine », a déclaré Pranay Kotasthane, président du programme de géopolitique de haute technologie de l’institution Takshashila, en référence aux alliances.

Ce dernier a mit en exergue l’importance des puces pour les économies et la sécurité nationale, tout en soulignant la volonté des pays d’endiguer les progrès de la Chine dans la technologie critique.

Pranay Kotasthane a expliqué dans le dernier épisode du podcast « Beyond the Valley » de CNBC que les États-Unis ont perdu leur domination dans le secteur manufacturier. Au cours des 15 dernières années environ, TSMC de Taiwan et Samsung de Corée du Sud en sont venus à dominer la fabrication des semi-conducteurs les plus avancés au monde.

Taïwan et la Corée du Sud représentent ainsi environ 80% du marché mondial de la fonderie. De fait, la concentration du pouvoir entre les mains de quelques économies et entreprises présente un risque pour la continuité des activités, en particulier dans des lieux de discorde comme Taiwan, a expliqué Pranay Kotasthane.

Pékin considère Taïwan comme une province renégat et a promis une « réunification » de l’île avec la Chine continentale. « L’autre importance géopolitique est simplement liée au rôle central de Taïwan dans la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs. Et parce que les tensions Chine-Taïwan ont augmenté, il y a une crainte que, vous savez, puisque beaucoup de fabrication se passe à Taïwan, que se passe-t-il si la Chine devait occuper ou même simplement qu’il y ait des tensions entre les deux pays ? », a indiqué l’expert.

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Ces alliances sont donc conçues pour couper la Chine de la chaîne d’approvisionnement mondiale. « À mon avis, je pense qu’à court terme, le développement de la Chine dans ce secteur sera sévèrement limité [à la suite de ces alliances] », a déclaré Pranay Kotasthane.

La Chine et les États-Unis se considèrent comme des rivaux technologiques dans des domaines allant des semi-conducteurs à l’intelligence artificielle. Dans le cadre de cette bataille, les États-Unis ont cherché à couper la Chine des semi-conducteurs et des outils critiques pour les faire passer par des restrictions à l’exportation.

« Le but de tous ces efforts est d’empêcher la Chine de développer la capacité de produire des semi-conducteurs avancés au niveau national », a déclaré à CNBC Paul Triolo, responsable de la politique technologique du cabinet de conseil Albright Stonebridge, faisant référence aux objectifs des différents partenariats.