Le Japon a autorisé ses garde-côtes à s’entraîner avec leurs homologues taïwanais pour les aider à assurer la sécurité de Taipei.

Navire américain en fond, en compagne d’un navire japonais, lors d’un exercice conjoint

Pour la première fois depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le Japon pourrait intervenir hors de ses frontières. En effet, depuis sa défaite lors de la Deuxième Guerre mondiale, le Japon a inscrit dans l’article 9 de sa Constitution que son armée n’intervient que pour défendre les frontières nippones.

Or le vice-premier ministre japonais, Tarō Asō, a déclaré qu’une invasion chinoise de Taïwan serait un acte grave qui menacerait par répercussion, l’existence même de l’État japonais.

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Le 27 août dernier, des représentants japonais se sont rendus à Taïwan pour renforcer la coopération militaire entre les deux parties. Cette situation met en évidence un changement majeur de stratégie de la part de Tokyo.

En effet, le Japon conservait jusqu’alors des liens officieux avec Taipei, mais ses dirigeants évitaient d’apporter à l’île une aide diplomatique plus affirmée, afin de ménager la Chine. En effet, la Chine est le premier partenaire économique de Tokyo et représente près de 20% de ses échanges commerciaux.

Selon le Japan Times, le gouvernement japonais ne reconnaît toujours pas officiellement l’indépendance de Taïwan, mais a promis d’organiser des exercices en commun entre les garde-côtes japonais et taïwanais.

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Le ministre des finances  Tarō Asō a indiqué que le Japon serait en droit de mener des opérations militaires aux côtés des États-Unis dans le but d’assurer la sécurité de Taipei. Pour l’instant, les déclarations du ministre n’ont aucune valeur juridique dans la Constitution japonaise mais elles montrent la volonté du Japon à agir et les inquiétudes grandissantes concernant la question taïwanaise.

Cependant, le gouvernement japonais a décidé de passer outre les limitations constitutionnelles qui empêchent les garde-côtes japonais d’intervenir dans un pays étranger, en indiquant que les garde-côtes ne dépendaient pas exactement du ministère de la Défense mais plutôt du ministère de la Police.

Ainsi, les gardes-côtes peuvent mener des opérations hors des frontières japonaises. Ce changement d’interprétation qui permet à ces derniers d’avoir des liens plus étroits avec les troupes taïwanaises.

Ce renforcement diplomatique entre Tokyo et Taipei a provoqué la colère de la Chine. Un des porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a demandé «solennellement au Japon de cesser d’interférer dans les affaires intérieures chinoises et d’envoyer de mauvais signaux aux forces indépendantistes taïwanaises».

Cependant la situation pourrait rester tendue car le ministère de la Défense japonais a dévoilé un budget conséquent, équivalent à 50 milliards de dollars, afin de faire face à la menace nord-coréenne et aux ambitions régionales de la Chine.

Le ministère va demander au Parlement de voter pour le prochain exercice fiscal démarrant le 1er avril 2022 ce budget de 5480 milliards de yens (42,2 milliards d’euros), plus élevé que celui de 5300 milliards de yens finalement approuvé pour l’exercice en cours.

Le ministère justifie ce montant par «le contexte de sécurité entourant notre pays s’aggrave à une vitesse sans précédent». Le Japon prévoit notamment de construire cinq navires militaires et un sous-marin, et d’acquérir 12 avions de chasse F-35.

Le ministère de la Défense a aussi dit vouloir accroître les capacités défensives du Japon dans l’espace et en termes de cybersécurité.

Ces préparatifs militaires sont principalement destinés à répondre aux menaces croissantes que représentent la Chine et la Corée du nord, selon l’expert des questions de Défense Hideshi Takesada, interrogé par l’AFP.

Ce dernier a expliqué que «la puissance militaire de l’Armée populaire de libération chinoise augmente plus vite que nous le pensions» et la menace que poste la Corée du Nord, et notamment son programme nucléaire, «n’a jamais diminué».

Les dépenses militaires de la Chine ont également augmenté, pour atteindre 252 milliards de dollars en 2020, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), marquant la 26e année consécutive d’augmentation.

De son côté, la Corée du Nord semble avoir redémarré son réacteur produisant du plutonium dans le complexe nucléaire de Yongbyon, a indiqué l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) dans son rapport annuel daté de vendredi, qualifiant les signes de fonctionnement du réacteur et du laboratoire de «profondément troublants» et de «violation claire» des résolutions des Nations unies.

Pour Hideshi Takesada, «le budget de Défense du Japon devrait rester élevé» tant que le gouvernement conservateur sera au pouvoir dans le pays. La hauteur de ce budget résulte de la pression exercée par les États-Unis pour que le Japon joue un rôle plus important dans la sécurité de la zone, sur fond de tensions sino-américaines croissantes, a noté l’expert.

Dans son rapport annuel sur la Défense publié le mois dernier, le Japon a jugé que les tensions sino-américaines concernant Taiwan étaient une menace de plus en plus pressante à la stabilité de la région.