A l’occasion d’une conférence de presse internationale, le 16 mars, le Premier ministre, Li Keqiang, a tenu à rassurer les investisseurs et gouvernants étrangers : « tant que nous restons sur la voie de la réforme et de l’ouverture, l’économie chinoise ne souffrira pas d’un atterrissage brutal. Car le marché chinois réserve encore de grande potentialité. Sa population ne manque pas de créativité ».

Depuis quinze jours, l’ensemble des dirigeants chinois ont assuré qu’il n’y aura pas d’atterrissage brutal de l’économie. Il y a dix jours,  Xu Shaoshi, ministre en charge de la Commission pour la réforme et le développement, a haussé le ton, assurant que son pays « ne connaîtra jamais un atterrissage en douleur« .

Croissance de la Chine 2010-2015

Croissance de la Chine 2010-2015

A l’instar de Li Keqiang, Xu Shaoshi tente de convaincre les marchés de plus en plus fébriles que son pays a encore les moyens de gérer ses déséquilibres économiques et de stimuler l’activité. « L’économie en Chine est faite de difficultés et d’espoirs mêlés. Mais fondamentalement, les espoirs dépassent de loin les difficultés », a lancé le Premier ministre.

Ainsi, le gouvernement vise pour cette année une croissance du produit intérieur brut (PIB) entre 6,5 et 7%. En 2015, l’objectif était d’« environ 7% », le pays a atteint 6,9%, soit le chiffre le plus bas en 25 ans, mais faisant pâlir les économies occidentales, dont certaines se situent entre 0 et 2% de croissance du PIB.

Des mesures en cascade pour éviter la catastrophe

Le gouvernement « possède des outils innovants » de relance pour contrer tout ralentissement économique trop violent, a insisté Li Keqiang. Toutefois, l’objectif de croissance devrait se situer à au moins 6,5% par an, durant la période 2016-2020. Ce taux a été acté dans une feuille de route socio-économique, composée d’une série de mesure adoptée par l’Assemblée nationale populaire (APN), afin de redynamiser l’économie du pays.

Avec un tel plan, il apparaît « impossible » de ne pas atteindre les objectifs fixés, pour le Premier ministre. Parmi les lois adoptées, le remplacement de l’impôt sur les sociétés par une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) dans tous les secteurs, une inflation en dessous de 3%, sans oublier la politique d’urbanisation du pays, les rabais fiscaux et la réduction des procédures administratives.

Plus généralement, il s’agira de mettre en œuvre la réforme structurelle de l’offre, soit « améliorer la qualité de l’offre, avant de restructurer l’économie, de réaffecter les ressources et enfin de procéder à l’expansion d’une offre efficace », selon un « initié faisant autorité », interrogé par Le Quotidien du peuple.

Les surcapacités chinoises. Comparaison entre 2008 et 2014, en millions de tonnes.

Les surcapacités chinoises. Comparaison entre 2008 et 2014, en millions de tonnes.

Plusieurs secteurs sont désormais prioritaires, comme l’e-commerce, l’informatique en nuage et l’Internet des objets, mais aussi la fabrication intelligente, la production personnalisée de grande envergure, les fermes familiales et les coopératives par actions dans l’agriculture. Sans oublier, l’entrepreneuriat de masse et l’innovation qui devraient fournir « une plate-forme permettant aux grandes, moyennes et petites entreprises et aux institutions de recherche d’avoir un large espace pour l’innovation, la production et le financement participatifs ». Ces « nouveaux moteurs de croissance seront générateurs d’emplois, ce qui favorisera les efforts pour réduire la surcapacité« , a indiqué Li Keqiang.

Résorber les difficultés

La politique économique engagée par le gouvernement vise à rééquilibrer le modèle de croissance du pays, passant d’un système industriel à une économie tournée vers les services, les nouvelles technologies et la consommation intérieure. Cependant, le tournant se fait difficilement, avec d’une part un secteur industriel en souffrance, en raison de ses surcapacités, et d’autres part des exportations et investissements immobiliers en berne.

Xi Jinping et Li Keqiang

Président Xi Jinping et le Premier ministre, Li Keqiang

Ces difficultés s’expliquent par le fait que « le gouvernement contrôle des activités dont il ne devrait pas s’occuper, qui plombent la productivité du pays », et ne parvient pas à maintenir un environnement concurrentiel équitable, a admit Li Keqiang. En effet, les grandes entreprises d’État sont en cours de restructuration. Elles n’ont aucune rentabilité et possèdent des dettes colossales, mais surtout elles ont un monopole sur des secteurs industriels entiers qui nécessitent désormais d’importants changements.

Le gouvernement a assuré qu’après fusion et restructuration de ces entreprises, il n’y aurait pas de « vagues de licenciements de masse », mais près d’1,8 million d’emplois dans les secteurs du charbon et de l’acier sont menacés. Et récemment plusieurs milliers de mineurs ont entamé une grève dans le Heilongjiang pour réclamer le paiement d’arriérés de salaires.

Concernant le haut niveau d’endettement des entreprises, il « n’est pas un problème nouveau« , a assuré Li Keqiang, d’autant que des « mécanismes comme l’émission d’actions pour remplacer des créances existantes » pourraient permettre de réduire les risques. Ainsi le gouvernement espère changer de modèle économique, l’accès sur l’humain et développer des secteurs novateurs répondant à des critères environnementaux et sociaux.