Depuis le développement économique de la Chine, l’ivoire est devenu une passion pour certains officiels chinois, qui profitent de visite sur le continent, pour s’acheter cette nouvelle marque de richesse. Généralement, l’ivoire acheté est issu de la contrebande.

D’ailleurs, la Chine représente à elle seule plus de 70% de la demande mondiale d’ivoire. Mais face aux critiques internationales, le président Xi Jinping vient d’annoncer, au côté de son homologue américain Barack Obama, l’interdiction totale du commerce de l’ivoire sur son territoire. Un moyen de freiner le braconnage qui tue des millions d’éléphants et de rhinocéros chaque année.

Des voyages fructueux

Lors de la visite en Tanzanie du président Xi Jinping, accompagnée d’une forte délégation officielle en mars 2013, le niveau des ventes illégales d’ivoire a explosé. Selon l’ONG britannique, Environmental Investigation Agency (EIA), cité par The New York Times : « les membres de l’imposante délégation gouvernementale et commerciale ont mis à profit cette visite pour acheter de telles quantités d’ivoire que les prix se sont envolés« . Faisant ainsi grimper le prix au kilo des défenses d’éléphants, de 350 à 700 dollars (560 euros).

Depuis 2008, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvage (CITES) prévoit dans ses textes  que le marché chinois peut acheter une partie des stocks gouvernementaux des pays d’Afrique austral (68 tonnes), afin seulement d’alimenter les filières contrôlées de son marché intérieur.

Cependant, l’EIA note que cette possibilité d’acheter des stocks gouvernementaux à contribuer au développement de la contrebande, qui bénéficie du relais des points de vente officiels pour écouler ses marchandises illégales. Selon l’ONG, le trafic en Tanzanie aurait entraîné le braconnage de près de 100.000 éléphants entre 2005 et 2013, dont 10.000 au cours de l’année 2014.

« Pillage diplomatique » des marchés ivoiriens

Face à ces accusations, le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Hong Lei, avait démenti les accusations et affirmé que « ce rapport [était] infondé« .  Pourtant quinze jours avant la venue de la délégation chinoise, des acheteurs chinois avaient fait tous les marchés d’ivoire en prévision de la venue des officiels. Tous s’accordent à dire qu’il s’agit d’un « pillage diplomatique« , cependant la situation n’a rien d’exceptionnelle, d’autant qu’elle s’avère très rentable pour les braconniers et revendeurs.

En 2006, un contrebandier interrogé par l’EIA aurait affirmé que les diplomates de l’ambassade de Chine à Dar es-Salaam (capitale de la Tanzanie) étaient ses plus gros clients, « car personne ne vérifie le contenu de la valise diplomatique« , ni les soutes des navires de guerre, avait souligné le quotidien Libération.

Autre exemple, en décembre 2013, la frégate chinoise Hengshui et le navire amphibie Jinggang Shan, participant à une opération internationale de lutte contre les pirates somaliens dans le golfe d’Aden, avaient fait escale à Dar es-Salaam pour 4 jours dans le cadre d' »échanges culturels« .  « A leur arrivée, les prix de l’ivoire ont immédiatement monté », note le rapport de l’EIA, intitulé « Vers l’extinction: criminalité, corruption et disparition des éléphants en Tanzanie«  (anglais – novembre 2014). Un trafiquant se serait « vanté d’avoir vendu pour plus de 50 000 dollars [plus de 40 000 euros] d’ivoire à l’équipage », notent les rapporteurs.

Éradiquer le braconnage

L’ivoire est le plus souvent utilisée pour des décoctions et des objets d’art, comme cette défense d’éléphant sculptée

En mars 2014, un tribunal tanzanien a condamné à 20 ans d’emprisonnement un contrebandier d’ivoire chinois, appelé Yu Bo. Ce dernier est le premier à recevoir une peine aussi sévère. Il marque la volonté de plusieurs pays africains d’éradiquer le braconnage. Âgé de 45 ans, Yu Bo a plaidé coupable de possession illégale de 81 défenses d’éléphants et des peaux de deux pangolins.

Cette condamnation intervient après la décision des autorités kényanes de durcir la loi sanctionnant le braconnage dans les régions sauvages de l’est de l’Afrique. Le coupable a été arrêté en décembre 2013 près du port de Dar es Salaam, qui est un important centre de transit pour la contrebande de l’ivoire en Afrique de l’Est.

En effet depuis 2013, la police tanzanienne a lancé une virulente campagne contre des braconniers suspectés de tuer des éléphants et des rhinocéros. Des troupeaux entiers d’éléphants ont été massacrés pour leur ivoire, ce qui pèse sur le secteur du tourisme, pilier de l’économie tanzanienne.

La même année, les douanes chinoises démantelé deux réseaux internationaux de trafiquants d’ivoire responsables de la contrebande d’ivoire d’éléphant depuis l’Afrique vers la Chine pour presque 73 millions d’euros.

Lancer une action commune internationale

Azzedine Downes, directeur général du Fonds international pour la protection des animaux, avait appelé les leaders du monde à s’engager pour mettre en place des groupes nationaux d’action pour la sécurité environnementale (National Environmental Security Task Forces, NEST), tels que définis par INTERPOL.

Ce dernier avait également souligné, la veille de la 1ère Conférence internationale pour le respect et l’application du droit de l’environnement en novembre 2013 à Nairobi, que « les citoyens du monde entier s’indignent aujourd’hui devant ces réseaux criminels organisés qui sacrifient les éléphants, les rhinocéros, les tigres et d’autres espèces sauvages sur l’autel du profit. »

Pour ce dernier  « la criminalité contre les espèces sauvages fait partie des activités criminelles internationales les plus graves, les plus dangereuses et les plus néfastes, avec la traite des humains, le trafic de drogue et les ventes d’armes illégales ». Raison pour laquelle, « notre meilleure chance de faire cesser le commerce illicite d’espèces sauvages est d’obtenir un engagement concret de la part de la communauté internationale ».

La Chine et les USA décident l’interdiction

Plusieurs opérations transnationales ont été lancées pour arrêter les contrebandiers, cependant, les ONG et défenseurs des animaux veulent des actions politique concrètes. Après l’annonce en février 2015 de l’interdiction de l’importation d’ivoire ouvragé durant un an par la Chine, les associations ont pointé du doigt une mesure plus « symbolique » qu’efficace.

Pour montrer la volonté de son gouvernement à lutter contre la contre-bande, le président chinois, Xi Jinping, et son homologue américain Barack Obama, ont annoncé des mesures nationales rapides pour protéger les éléphants de la crise du braconnage.

Dans une déclaration commune, les présidents se sont engagés à promulguer des « interdictions presque complètes sur les importations et les exportations d’ivoire, incluant des restrictions importantes et immédiates sur l’importation d’ivoire comme trophées de chasse ».

Ces derniers ont également promis de « prendre des mesures significatives et opportunes pour mettre fin au commerce d’ivoire sur leur marché domestique ». Les engagements prit par les deux puissances mondiales ont été salué par les ONG, dont Azzedine Downes, qui a indiqué que cette annonce est « une grande victoire dans la bataille pour sauver les éléphants ».

« Aujourd’hui, la Chine a claqué la porte au nez de tous ceux qui tirent profit du massacre des éléphants« , a assuré ce dernier, pour qui « la Chine étant le plus grand marché au monde pour l’ivoire légal et illégal, cette interdiction va sauver la vie de dizaines de milliers d’éléphants. »