Alors que la dirigeante taïwanaise et les dirigeants chinois s’accordent pour dire que Taïwan n’est pas l’Ukraine, mais depuis plusieurs semaines, les médias taiwanais et occidentaux attestent que la Chine pourrait attaquer l’île.

Pour rassurer, Tsai Ing-wen a expliqué le 23 février qu’«en termes de facteurs géostratégiques, de géographie, et [en raison ] de l’importance de notre rôle dans les chaînes d’approvisionnement internationales, les situations de Taïwan et de l’Ukraine sont fondamentalement différentes».

Pour la Chine, «la différence la plus fondamentale est que Taïwan fait partie intégrante du territoire chinois, et la question de Taïwan relève complètement des affaires intérieures de la Chine, tandis que la question ukrainienne est un différend entre la Russie et l’Ukraine, qui sont deux Etats», a récemment rappelé Wang Yi, le ministre chinois des affaires étrangères.

L’ARMÉE CHINOISE MANQUE D’EXPÉRIENCE

Or si la Chine attaque Taïwan, elle le fera dans le cadre de la réunification du pays, et refusera l’ingérence des Nations Unies dans ses «affaires intérieures».

Inversement, Taïwan n’étant pas membre de l’ONU, l’île ne pourrait se tourner ni devant le Conseil de sécurité ni devant l’Assemblée générale des Nations unies.

«Néanmoins, une attaque de Taïwan déstabiliserait le détroit et constituerait une menace pour la paix régionale, voire mondiale, et pourrait donc, malgré tout, faire l’objet de résolutions à l’ONU», a expliqué au quotidien, Le Monde Jean-Pierre Cabestan, sinologue à l’Université baptiste de Hongkong.

Un avis partagé par Tanguy Lepesant, chercheur associé au Centre d’étude français sur la Chine contemporaine, qui explique à Slate.fr, que « le débarquement d’une armée chinoise me paraît impossible actuellement, même dans deux ou trois ans ».

D’ailleurs, l’armée chinoise n’a aucune expérience d’invasion territoriale, ce qui laisse craindre un échec pouvant profiter à Taiwan. En effet, « parce que si ça ne marche pas du premier coup, Taïwan déclare son indépendance, qui sera probablement reconnue aussitôt par une grande partie du monde », a indiqué Tanguy Lepesant.

TAÏWAN S’INQUIÈTE

Pourtant l’inquiétude grandie à Taiwan, des centaines de réservistes de l’armée taïwanaise ont participé le 14 mars à des entraînements, après un appel à l’«unité» de l’île lancé par la dirigeante Tsai Ing-wen.

En 2021, Taïwan a intensifié les entraînements des réservistes dans un contexte de tensions croissantes entre Pékin et Taipei. D’autant plus que des avions avions de l’armée chinoise ont fait un nombre record d’incursions dans la zone d’identification de défense aérienne (ADIZ) de Taïwan.

Environ 400 réservistes ont pris part le 14 mars à des exercices de tir dans le cadre d’un programme de préparation au combat. Leur entraînement simule la défense d’une plage située près de la capitale Taipei.

D’ailleurs en octobre 2021, le Wall Street Journal a révélé qu‘une vingtaine de militaires des forces spéciales américaines et des Marines forment des contingents taïwanais.

La Chine a dénoncé cette situation, appelant Washington à «pleinement reconnaître la grande sensibilité des questions liées à Taïwan» et à «respecter le principe de la Chine unique». Les États-Unis doivent «cesser de nouer des liens militaires avec Taïwan pour ne pas porter gravement atteinte à la relation sino-américaine», a averti ce porte-parole.

TAIPEI BRAQUE SES YEUX SUR L’UKRAINE

Le 12 mars, Tsai Ing-wen a souligné devant ces réservistes la nécessité que l’île soit unie pour assurer sa défense. Cette dernière a déclaré que « la situation en Ukraine prouve une fois de plus que la protection du pays, en plus de la solidarité et de l’assistance internationale, dépend de l’unité du peuple ».

Le général Chen Chung-chi, chef du 6e commandement de l’armée taïwanaise, a souligné que « la sécurité de l’ensemble du pays ne dépend pas seulement des soldats », mettant en avant les troupes réservistes venues s’ajouter aux militaires professionnels.

Le président chinois Xi Jinping a adopté une approche nettement plus agressive envers Taipei depuis l’élection en 2016 de la dirigeante Tsai Ing-wen, qui rejette le principe d’une « seule Chine ».

Taïwan compte 23 millions d’habitants. L’île est dirigée depuis 1945 par un gouvernement autonome de Pékin et basé à Taipei (la «République de Chine»), depuis la victoire des communistes en Chine continentale en 1949 à l’issue de la guerre civile chinoise.

La «République populaire de Chine», qui a pour capitale Pékin, considère Taïwan comme une de ses provinces. Elle menace de recourir à la force en cas de proclamation formelle d’indépendance sur l’île.