De nouvelles échauffourées ont eu lieu en mai à la frontière entre la Chine et l’Inde, dont les relations sont toujours tendues depuis la guerre éclaire de 1962.

«Nous avons informé l’Inde et la Chine que les Etats-Unis sont prêts […] à arbitrer leur dispute frontalière qui fait actuellement rage», a tweeté le président américain Donald Trump, qui a mit en exergue les conflits entre soldats chinois et indiens dans l’Himalaya.

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A contrario, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a assuré que la situation à la frontière sino-indienne était «globalement stable et contrôlable» et «pouvait se résoudre via le dialogue».

Des accrocs dans la diplomatie sino-indienne

Depuis la guerre de 1962, qui a vu la défaite cuisante de l’Inde, les quelque 3 500 kilomètres de frontière sino-indienne sont définis par une «ligne de contrôle» floue. Les régions de l’Arunachal Pradesh, côté indien, et de l’Aksai Chin, côté chinois, sont toujours disputées, et les petits combats ne sont pas rares sur le tracé.

Le 5 mai, près du lac Pangong, à 4 250 mètres d’altitude, dans l’Etat indien du Ladakh, des soldats chinois se sont opposés à la construction d’une route militaire indienne, assurant qu’elle était sur leur sol, alors que le délimité de la frontière n’avait jamais été contesté à cet endroit.

Pour éviter des dérapages mortels, les différends frontaliers se règlent sans armes depuis la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays, en 1988. Les soldats se sont confrontés à coups de poings, de bâtons, de barres de fer et de jets de pierres, jetant du feu sur les discussions bilatérale.

Après ces affrontements, une autre bagarre se déroulait dans le Sikkim, à plusieurs centaines de kilomètres de la première bagarre. 70 soldats ont été déclarés blessés côté indien, alors que le chiffre côté chinois n’a pas été communiqué.

Il s’agit du troisième incident grave entre les deux pays depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012. Selon Ashok Kantha, ancien ambassadeur d’Inde en Chine interrogé par The Hindu, «les intrusions récentes semblent être différentes, les troupes chinoises se montrent plus agressives, s’engagent dans des confrontations physiques et ne respectent pas les protocoles communs».

En 2013, un accrochage avait déjà eu lieu au Ladakh. Et en 2017, les troupes indiennes avaient empêché l’armée chinoise d’occuper une zone revendiquée par le Bhoutan, dont la défense est assurée par l’Inde.

Les deux camps s’étaient regardés en chien de faïence durant 72 jours sur le plateau du Doklam, et l’armée chinoise avait ostensiblement déployé ses chars dans la zone. Le confit s’était arrangé à l’amiable, Narendra Modi et Xi Jinping ont ordonné à leurs troupes, lors d’un sommet informel à Wuhan en avril 2018, d’éviter dorénavant les incidents.

Une relation tendue par la pandémie de Covid-19

Ce nouvel accroc, en plein confinement dû à l’épidémie de Covid, inquiète l’opinion publique indienne. En effet, l’annonce du rapatriement sanitaire de chinois a laissé penser qu’une guerre se préparait entre les deux pays. De plus, la rumeur a couru que des milliers de soldats étaient envoyés en renfort par Beijing et qu’une patrouille indienne avait été faite prisonnière.

Visite en Chine en 2015 de Narendra Modi, Premier ministre indien, ici au côté d Xi Jinping, Président chinois.

A cela s’ajoute les dernières déclarations du ministère chinois des Affaires étrangères, qui a accusé l’Inde de «tenter de modifier unilatéralement le statut des frontières», avant de montrer patte blanche le 27 mai.

Cette provocation n’a pas d’impact sur la Chine, mais New Delhi n’a pas les moyens de mener un conflit armé contre son voisin. D’une part, car les deux pays, qui abritent un tiers de la population mondiale, et ensuite parce qu’ils entretiennent d’importantes relations économiques.

Plus discrètement, Pékin fait pression aussi sur la frontière entre l’Inde et le Népal : Katmandou, qui bénéficie d’importants investissements chinois, a lancé un processus pour modifier le tracé de ses frontières, ce qui priverait l’Inde d’un point de passage crucial vers le Tibet. Ces manœuvres renforcent la pression sur l’Inde, alliée des Etats-Unis, qui se sent déjà cernée par l’influence chinoise grandissante dans l’océan Indien et le reste du sous-continent.

Pour le journal français Libération, Nadège Rolland, spécialiste des questions politiques et de sécurité au National Bureau of Asian Research, a expliqué que

«lorsque la Chine maoïste était très affaiblie en interne, elle ne manquait jamais de chatouiller les moustaches de ses voisins, y compris l’Inde en 1962. Aujourd’hui, c’est la même chose. Pékin avance à la fois à Hongkong, sur Taiwan, en mer de Chine méridionale, et désormais sur la frontière sino-indienne. Une manière à la fois de détourner l’attention de sa vulnérabilité économique et d’affirmer sa puissance. La crise peut être vue comme une opportunité pour pousser ses pions pendant que tout le monde est préoccupé ailleurs. En outre, l’Inde est une puissance nucléaire. Pékin peut agiter la crainte d’un conflit majeur pour obtenir des concessions sur d’autres plans. Mais c’est un jeu risqué».

Dans ce contexte compliqué pour la Chine, l’Inde s’est associée à la demande internationale d’enquête indépendante sur les origines du Covid-19, et le gouvernement de Narendra Modi souhaite attirer les entreprises étrangères qui voudraient quitter la Chine.