En novembre 2017, Amnesty International se demandait si « la Chine aura-t-elle son moment #MeToo ? » Quatre mois plus tard, le mouvement n’a pas prit d’ampleur particulière, bien que des avancées ont été réalisé pour les droits des femmes.

Suite aux accusations de harcèlement sexuel contre le magnat du cinéma Harvey Weinstein et d’autres hommes, des millions de femmes ont partagé en ligne leurs expériences.

Dix ans après la création du hashtag #MeToo par la militante afro-américaine Tarana, la campagne sur les réseaux sociaux rencontre un succès inattendu pour le mouvement des femmes.

A contrario dans l’Empire du milieu, le harcèlement sexuel n’est pas considéré comme un problème majeur, refusant même de reconnaître les conséquences durables pour les femmes. Depuis plusieurs années, des défenseur-e-s des droits des femmes luttent pour ouvrir un dialogue général sur le harcèlement sexuel, en dépit de l’hostilité et de la dérision.

Le gouvernement chinois ne pouvait plus ignorer le problème. Raison pour laquelle, il a lâché un peu de lest. En juin 2017, des affiches contre le harcèlement ont été installées dans les stations de métro de Beijing, Shanghai, Chengdu et Shenzhen. Elles entraient dans le cadre de campagnes soutenues par le gouvernement mais financées soit par des entreprises, soit par la Fédération des femmes de toute la Chine.

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En 2012, un débat a éclaté sur Internet à propos des droits des femmes : une femme est-elle responsable du harcèlement qu’elle subit si elle porte des vêtements « osés ». Certaines femmes de Shanghai avaient déclaré « J’ai le droit d’être sexy, mais vous, vous n’avez pas le droit de me harceler ». Le débat a eu un impact durable en Chine : les jeunes femmes ont commencé à dénoncer plus ouvertement le harcèlement sexuel et de nombreux débats en ligne ont eu lieu depuis.

Les « Cinq féministes », arrêtées en 2015 puis relâchées, ont essayé de transposer ce militantisme en ligne dans la réalité. Mais le gouvernement a ignoré le problème et muselé les voix dissidentes. Dès lors, les campagnes contre le harcèlement sexuel organisées par la société civile sont devenues « sensibles » et plus risquées, notait Amnesty International.

Mais « le gouvernement ne pouvait pas réprimer toute la vague de soutien, d’une portée et d’une force grandissantes, en faveur de la lutte contre le harcèlement sexuel. Un phénomène unique a alors été observé : le soutien pour les droits des femmes s’est renforcé, mais le militantisme, qui est au cœur du mouvement, a reculé ».

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En 2016, un groupe de femmes de Guangzhou a lancé une campagne de collecte de fonds en ligne pour financer des affiches contre le harcèlement sexuel, destinées à être placées dans le métro. Un an après avoir fait la demande, elles ont été informées que seules les organisations gouvernementales peuvent publier de telles affiches.

Zhang Leilei* a alors décidé de publier elle-même les affiches en ligne. En mai 2017, elle a appelé à devenir des « panneaux d’affichage humains » afin de sensibiliser l’opinion publique au harcèlement sexuel. La campagne a été lancée et des femmes et des filles dans tout le pays ont publié des photos sur les réseaux sociaux montrant les affiches devant des sites célèbres de leur ville.

Cette initiative a été brutalement arrêtée par les autorités. Les voix des femmes ont été réduites au silence, et Zhang Leilei a été harcelée et expulsée de chez elle. Découragée, Zhang Leilei a pu se réconforté de l’apparition d’affiches produites par le gouvernement ou par des entreprises dans les métros, dont au moins une inspirée de sa campagne.

La campagne autorisée par le gouvernement est « une avancée significative » pour les militants, car désormais la lutte contre le harcèlement sexuel est dans la sphère publique. Ainsi, le message de la campagne de la Fédération des femmes diffusée dans toute la Chine disair : « Empêchons le harcèlement sexuel, dénonçons-le ensemble ».

Les médias ont traité le sujet, à tel point qu’en 2017, le Global Times, quotidien conservateur proche du gouvernement, a évoqué le « féminisme officiel », géré par le gouvernement pour répondre aux préoccupations liées aux droits des femmes. Les institutions ont adopté une approche plus progressiste, dans le but d’attirer des « sympathisants », et notamment des jeunes qui se préoccupent des droits des femmes.

Naissance du « féminisme officiel »