Un comité des Nations Unies a exhorté ce 24 novembre la Chine à libérer les personnes détenues dans les centres de détention de sa région du Xinjiang et lui a recommandé de fournir aux victimes « des recours et des réparations ».

La déclaration de la Commission s’ajoute à la pression exercée sur la Chine, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, pour qu’elle adopte des réformes à la suite d’un rapport du responsable des droits de l’homme de l’organisme mondial, publié en août, selon lequel le traitement des Ouïghours et d’autres musulmans pourrait constituer des crimes contre l’humanité.

Les groupes de défense des droits de l’homme accusent la Chine d’abus à l’encontre des Ouïghours, une minorité ethnique musulmane qui compte environ 10 millions de personnes dans le Xinjiang. Ils l’accusent également d’avoir une utilisation massive du travail forcé dans les camps d’internement ou « centre de professionalisation ». La Chine nie toute violation des droits.

Son porte-parole à la mission diplomatique de Genève, Liu Yuyin, a déclaré que Pékin s’oppose fermement à la démarche du comité de l’ONU, affirmant qu’elle « diffame et calomnie la situation des droits de l’homme en Chine sur la base de désinformations fabriquées par les pays occidentaux et les forces séparatistes anti-chinoises ».

Le comité, composé de 18 membres, surveille régulièrement le respect par les pays membres des Nations Unies de la Convention internationale de 1965 sur la discrimination raciale, à laquelle la Chine et quelque 180 autres pays sont parties.

Le comité a déclaré que le « manque d’amélioration de la situation des droits de l’homme au Xinjiang » l’a poussé à adopter les recommandations, connues sous le nom de décision. Le document appelle également la Chine à « entreprendre une révision complète de son cadre juridique régissant la sécurité nationale, la lutte contre le terrorisme et les droits des minorités au (Xinjiang) » afin de décrocher la conformité avec la convention.

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Le comité a également mit en avant le rapport du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH), publié le 31 août, sur la région du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine. Il évoquait de possibles « crimes contre l’humanité ». Il a fait état de « preuves crédibles » de tortures et de violences sexuelles sur la minorité ouïghoure et appelle à une action internationale.

« L’ampleur de la détention arbitraire et discriminatoire de membres des Ouïghours et d’autres groupes à prédominance musulmane […] peut constituer des crimes internationaux, en particulier des crimes contre l’humanité », avait indiqué le document.

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Dans ce document, l’ONU a appelé la communauté internationale à agir d’urgence face aux accusations contre Beijing. « Les allégations faisant état de pratiques récurrentes de la torture ou des mauvais traitements, notamment de traitements médicaux forcés et de mauvaises conditions de détention, sont crédibles, tout comme le sont les allégations individuelles de violences sexuelles et fondées sur le genre », a écrit le HCDH dans le rapport.

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Or début octobre 2022, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a rejeté une motion présentée par les pays occidentaux visant à organiser un débat sur les violations présumées des droits de l’homme dans la région chinoise du Xinjiang, après qu’un rapport du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a conclu à la possibilité de crimes contre l’humanité.

Le Conseil avait décidé de ne pas organiser de débat, qui aurait constitué une première contre une grande puissance. Une dizaine de pays, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, la France, le Canada, l’Australie et plusieurs pays européens avaient demandé au Conseil d’organiser ce débat sur la région ouïghoure, dans le nord-ouest de la Chine.

Mais le projet de décision a été rejeté lors d’un vote, avec 19 voix contre, 17 pour et 11 abstentions. Outre la Chine, les autres pays ayant voté contre sont : la Bolivie, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, Cuba, l’Erythrée, le Gabon, l’Indonésie, le Kazakhstan, la Mauritanie, le Népal, la Namibie, le Pakistan, le Qatar, le Sénégal, le Soudan, les Emirats arabes unis, l’Ouzbékistan et le Venezuela. De leur côté, des pays comme l’Ukraine, l’Inde et le Brésil se sont abstenus.

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La résolution rejetée entendait prendre « note avec intérêt de l’évaluation par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme des préoccupations relatives aux droits de l’homme dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang (Chine), publiée le 31 août 2022 ». Le texte aurait ainsi « décider de tenir un débat sur la situation des droits de l’homme dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang à sa cinquante-deuxième session, au titre du point 2 de l’ordre du jour ».