Amnesty International : situation d’urgence à Hong Kong, Beijing répond

par | Juil 5, 2021 | Hong Kong, RÉGIONS SPÉCIALES

La loi relative à la sécurité nationale de Hong Kong a décimé les libertés et les protections relatives aux droits humains selon Amnesty International. Beijing dénonce des propos mensongers et diffamants.

Intitulé ‘In the Name of National Security’, ce rapport a été publiée le 30 juin 2021, un an jour pour jour après l’entrée en vigueur de ce texte de loi imposé par la Chine.  Il explique comment la loi promulguée le 30 juin 2020 laisse aux autorités toute latitude pour ériger de manière illégitime la dissidence en infraction, tout en privant ceux qu’elles ont dans le collimateur de leurs droits.

« En un an, la loi relative à la sécurité nationale a placé Hong Kong sur une voie express vers la mise en place d’un État policier et a engendré une situation d’urgence en matière de droits humains pour les habitant·e·s », a déclaré Yamini Mishra, directrice régionale du programme Asie-Pacifique à Amnesty International.

 «De la politique à la culture, de l’éducation aux médias, cette loi gangrène chaque pan de la société hongkongaise et a instauré un climat de peur qui contraint les habitant·e·s à y réfléchir à deux fois avant de s’exprimer, d’envoyer des tweets ou de vivre leur vie», a assuré cette dernière. «Enfin, cette législation répressive, de grande portée, menace de faire de la ville une friche en matière de droits humains, à l’image de la Chine continentale».

Fondée sur l’analyse de décisions rendues par les tribunaux, de notes d’audiences et d’entretiens avec des militant·e·s inculpés au titre de la loi relative à la sécurité nationale, la synthèse d’Amnesty International montre que la législation a été utilisée pour commettre tout un éventail de violations des droits humains au cours des 12 derniers mois.

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Durant cette période, le gouvernement a maintes fois invoqué la « sécurité nationale » comme prétexte pour justifier censure, harcèlement, arrestations et poursuites. Des éléments probants indiquent que les soi-disant garanties en matière de droits humains inscrites dans la loi relative à la sécurité nationale s’avèrent dans les faits inutiles, tandis que les protections inscrites dans la législation habituelle de Hong Kong sont anesthésiées par ce texte de loi.

Le refus de la libération sous caution bafoue le droit à un procès équitable

Le 1er juillet 2020, première journée complète où la loi relative à la sécurité nationale était en vigueur, la police a interpellé plus de 300 manifestant·e·s, dont 10 pour l’avoir supposément enfreinte. Depuis, le gouvernement continue d’arrêter et d’inculper des personnes au titre de cette loi, uniquement parce qu’elles exercent leurs droits à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association.

Pis encore, les personnes inculpées au titre de cette loi sont effectivement présumées coupables plutôt qu’innocentes, ce qui signifie qu’elles se voient refuser la liberté sous caution, à moins qu’elles ne soient en mesure de prouver qu’elles ne « continueront pas de commettre des actes mettant en danger la sécurité nationale ».

En conséquence, les accusés sont placés en détention provisoire pendant des périodes prolongées : 70% des personnes officiellement poursuivies au titre de cette loi sont actuellement détenues après qu’on leur a refusé une libération sous caution. Or, la présomption d’innocence est une composante essentielle du droit à un procès équitable.

Dans sa synthèse, Amnesty International souligne également que les autorités se servent de la loi relative à la sécurité nationale pour :

  • Réprimer les actions de plaidoyer politique au niveau international, arrêtant ou ordonnant l’arrestation de 12 personnes pour « collusion » ou « conspiration pour pactiser » avec « des forces étrangères », aux motifs qu’elles étaient en contact avec des diplomates étrangères, ont demandé des sanctions de la part d’autres États ou appelé d’autres pays à accorder l’asile aux personnes fuyant les persécutions. D’autres ont été prises pour cibles en raison de leurs publications sur les réseaux sociaux ou pour avoir accordé des interviews à des médias étrangers.
  • Étendre les pouvoirs des autorités chargées des enquêtes – notamment en conférant à l’unité de police chargée de la sécurité nationale à Hong Kong la capacité d’effectuer des perquisitions, de geler ou confisquer des avoirs et de saisir du matériel journalistique, comme lors des deux descentes effectuées dans les locaux du quotidien pro-démocratie Apple Daily au cours de l’année. De tels pouvoirs illimités laissent peu de marge pour prévenir d’éventuelles violations des droits humains au cours de la phase d’enquête.

 « Le gouvernement de Hong Kong doit cesser de se servir de la définition très vague d’ » atteinte à la sécurité nationale  » pour réprimer les libertés à tout-va. Pour commencer, il doit abandonner toutes les charges pénales retenues contre ceux qui sont actuellement poursuivis pour avoir exercé leurs droits fondamentaux », a déclaré Yamini Mishra.

Cette dernière a indiqué qu’«en outre, il est de la responsabilité des Nations unies de lancer de toute urgence un débat sur la détérioration de la situation des droits humains en Chine, notamment au regard de la mise en œuvre de la loi relative à la sécurité nationale à Hong Kong.»

Complément d’information

La loi relative à la sécurité nationale a été adoptée à l’unanimité par le Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale chinoise et promulguée à Hong Kong le 3 juin 2020, sans aucune consultation publique ou autre consultation locale officielle et sérieuse.

La loi cible les actes présumés de « sécession », de « subversion de l’État », de « terrorisme » et de « collusion avec des forces étrangères ou externes dans le but de porter atteinte à la sécurité nationale ».

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Cette définition générale de la « sécurité nationale », calquée sur celle des autorités centrales chinoises, pèche par manque de clarté et de prévisibilité pénale et est invoquée de manière arbitraire comme prétexte pour restreindre les droits fondamentaux à la liberté d’expression, de réunion pacifique, d’association et de liberté, et pour réprimer la dissidence et l’opposition politique.

Du fait de l’application arbitraire de la loi relative à la sécurité nationale et du caractère imprécis des définitions, il est impossible de savoir dans quelles conditions et à quel moment il existe un risque de la transgresser, ce qui a immédiatement eu un effet dissuasif sur tout le territoire de Hong Kong dès le premier jour.

Entre le 1er juillet 2020 et le 23 juin 2021, la police a arrêté ou ordonné l’arrestation d’au moins 114 personnes au titre de la loi relative à la sécurité nationale. Au 23 juin 2021, 64 personnes ont été officiellement inculpées, dont 45 se trouvent actuellement en détention provisoire.

Diffamations et dénigrements malveillants

Pour le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Wang Wenbin, «les propos concernés de l’organisation dont vous parliez sont purement et simplement des diffamations et dénigrements malveillants. Je voudrais vous faire part de quelques réalités».

Wang Wenbin, porte parole de la diplomatie chinoise

Ce dernier a expliqué que depuis l’application de la Loi sur la sécurité nationale à Hong Kong il y a un an, «la sécurité nationale y a été sauvegardée, la société de Hong Kong est revenue sur la bonne voie, l’État de droit et la justice ont été défendus et les divers droits et libertés légaux des résidents de Hong Kong et des ressortissants étrangers à Hong Kong ont été mieux protégés dans un environnement plus sûr».

«Tel est un fait objectif reconnu par tous ceux qui sont impartiaux», a assuré Wang Wenbin.

Selon les données, en 2020, l’ampleur de l’afflux de capitaux vers Hong Kong a atteint 50 milliards de dollars (45 milliards d’euros), le montant des capitaux levés par les introductions en bourse (IPO) de Hong Kong s’est classé au deuxième rang mondial, le produit intérieur brut (PIB) de Hong Kong a augmenté de 7,9% au premier trimestre de 2021 par rapport à la même période de l’année 2020.

De plus, le rapport publié récemment par le Fonds monétaire international (FMI) a réaffirmé le statut de Hong Kong en tant que place financière internationale, et le nombre de médias et de professionnels de la presse étrangers venant à Hong Kong n’a cessé d’augmenter.

«Tout cela constitue un vote de confiance en faveur de la Loi sur la sécurité nationale à Hong Kong et des perspectives de développement» de Hong Kong, a assuré Wang Wenbin. Ce dernier a assuré qu’«aucune attaque et diffamation à l’encontre de la Loi sur la sécurité nationale à Hong Kong n’arrêtera la tendance générale de la transformation de Hong Kong du chaos à la stabilité puis à la prospérité».

«La détermination du gouvernement chinois à sauvegarder la souveraineté, la sécurité et les intérêts de développement nationaux, à mettre en valeur la politique d’« un pays, deux systèmes » et à s’opposer à l’ingérence de forces extérieures dans les affaires de Hong Kong est inébranlable», a ajouté le porte-parole.

Lors de la conférence de presse du 29 juin, ce dernier a clôturé le sujet en attestant que «nous sommes convaincus qu’avec le soutien total du gouvernement central et les efforts conjoints des personnalités de tous les horizons de Hong Kong, la Région administrative spéciale (RAS) de Hong Kong sera certainement en mesure de maintenir la prospérité et la stabilité à long terme, et l’avenir de Hong Kong sera plus brillant».

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