La Chine a procédé le 30 mai à sa seconde plus grande incursion de l’année dans la zone aérienne de défense de Taïwan.

Selon Taïpei, 30 avions chinois sont entrés dans cette zone, dont 20 chasseurs. Ces incursions sont les plus importantes depuis le 23 janvier, quand 39 avions avaient pénétré dans la zone d’identification de défense aérienne («Adiz», selon son acronyme en anglais) de l’île.

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Le ministre taïwanais de la Défense a annoncé qu’il avait fait décoller ses propres avions et déployer des systèmes de missiles de défense aérienne, afin de surveiller l’activité chinoise.

Pékin a entamé ces dernières années des campagnes d’incursions dans la zone de défense de Taïwan pour manifester son mécontentement et pour maintenir sous pression l’aviation vieillissante de Taïpei.

Les autorités taiwanaises, et ses alliés occidentaux, craignent une invasion de la Chine, car Pékin considère l’île comme une province et a promis de le récupérer, par la force si nécessaire.

Pour Walden Bello, enseignant à l’université de Binghamton et auteur de « CounterRevolution : The Global Rise of the Far Right et Paper Dragons : China and the Next Crash », « la Chine est satisfaite de la politique d’une seule Chine, et les États-Unis soutiennent également cette politique, qui reconnaît le gouvernement de Pékin comme le seul gouvernement légitime de la Chine. La Chine est satisfaite du statu quo, mais elle doit continuellement réaffirmer, par sa propagande, que Taïwan fait partie de la Chine ; ce serait un gros revers diplomatique pour Pékin si elle se calmait soudainement sur cette question ».

Toutefois, les États-Unis ont accusé la Chine de faire monter les tensions à propos de Taïwan, le secrétaire d’État américain Antony Blinken mentionnant explicitement les incursions aériennes, exemple selon lui d’une «rhétorique et d’une activité de plus en plus provocantes».

D’ailleurs, le président américain Joe Biden avait assuré que Washington était prêt à défendre militairement Taïwan en cas d’attaque de la Chine. Mais la Maison blanche a ensuite insisté sur le fait que sa politique d’«ambiguïté stratégique» sur la possibilité ou non d’une intervention n’avait pas changé.

Washington a également rappelé que sa position vis-à-vis de la Chine n’avait pas changé et resté conforme aux trois communiqués sino-américains.

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L’ADIZ de Taïwan est bien plus large que son espace aérien et recoupe en certains points la propre ADIZ de la Chine, voire son territoire. Une carte des vols fournie par le ministère de la Défense montrerait que les avions sont entrés par le coin sud-ouest de l’ADIZ avant d’en ressortir.

L’an dernier, Taïwan a enregistré un record de 969 incursions aériennes militaires chinoises, selon la base de données établies par l’Agence France Presse, soit plus du double des 380 incursions de 2020. Ainsi, au cours de la seule journée du 4 octobre 2021, 56 aéronefs ont pénétré dans l’ADIZ de Taïwan, et 196 pour l’ensemble du mois d’octobre qui s’ouvre par la fête nationale chinoise.

Taïwan a rapporté depuis le début de l’année 465 incursions, une augmentation de près de 50% par rapport à la même période en 2021. Dans un entretien accordé au magazine britannique The Spectator et publié le 26 mai, le ministre des Affaires étrangères Joseph Wu a réaffirmé la volonté de Taiwan de renforcer ses capacités défensives tout en approfondissant sa coopération avec les autres membres du monde libre sur des sujets d’intérêt commun.

« Taiwan est en première ligne face à l’expansionnisme autoritaire. Cela se traduit par des incursions répétées de Pékin dans les eaux et les airs à proximité de Taiwan, des actions qui ne servent qu’à élever les tensions à travers la région » a assuré ce dernier.

Image de Une : Taiwan AIDC F-CK-1 Ching Kuo