La police de Hong Kong a arrêté ce 17 juin cinq responsables du journal pro-démocratie Apple Daily, dont son rédacteur en chef, lors de la seconde perquisition en moins d’un an de la salle de rédaction du quotidien.

Ces arrestations ont été faites sur la base de la nouvelle loi sur la sécurité nationale. Elles représentent pour certains observateurs occidentaux un ultime coup porté contre le journal du magnat Jimmy Lai, actuellement en détention pour avoir participé en 2019 à certaines manifestations pro-démocratie.

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Plus de 500 policiers ont pris part le 17 juin à cette opération en lien avec des articles publiés par l’Apple Daily « appelant à des sanctions » contre Hong Kong et les dirigeants chinois, selon la police.

Les cinq dirigeants ont été arrêtés «pour collusion avec un pays étranger ou avec des éléments externes visant à mettre en danger la sécurité nationale».

D’après le commissaire principal Steve Li, «tous sont des dirigeants d’Apple Daily. Ils connaissent donc très bien les activités quotidiennes de l’entreprise».

Selon lui, leurs fonctions font qu’ils sont « responsables du contenu, du style et des règles en matière de reportage ».

La police a également annoncé que 18  millions de dollars de Hong Kong (2 millions d’euros) d’actifs détenus par Apple Daily avaient été gelés en vertu de la loi sur la sécurité nationale instaurée en juillet 2020 par la Chine continentale. D’après l’Agence France Presse, il s’agit de la première saisie d’actifs réalisée à Hong Kong visant une entreprise de presse.

Les policiers, venus en nombre, « sont arrivés vers 7h00 (23H00 GMT mercredi, NDLR) ce matin, notre immeuble est assiégé », a indiqué un journaliste non identifié, entendu sur l’une des vidéos diffusées en direct sur Facebook montrant la descente de la police de Hong Kong.

« Les policiers nous empêchent d’utiliser une grande quantité de nos équipements. Mais nous pouvons encore conserver cette caméra qui diffuse en direct et notre site internet sera mis à jour », a poursuivi le journaliste.

La plupart des responsables du journal Apple Daily ont été arrêtés à leurs domiciles avant d’être emmenés au commissariat. Le rédacteur en chef Ryan Law, et le PDG Cheung Kim-hung ont été conduits hors du bâtiment avec les mains attachées dans le dos.

Le média pro-démocratie en ligne Stand News a publié des photos de la porte défoncée du domicile de Chan Pui-man, adjoint de Ryan Law. La Bourse de Hong Kong a annoncé dans la foulée la suspension des échanges d’actions de Next Digital, le groupe de médias de Jimmy Lai.

Jimmy Lai, propriétaire du journal qu’il a créé en 1995, a été accusé de collusion après un premier raid mené en août 2021. L’homme de 73 ans est emprisonné à la suite de plusieurs condamnations pour avoir participé à des manifestations pro-démocratie.

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L’Apple Daily a apporté un soutien indéfectible au mouvement de contestation depuis 2019. Une des raisons pour laquelle la Chine continentale n’a jamais caché son désir de faire entrer ce journal dans le rang, ou au moins d’étouffer sa voix.

Les médias officiels accusent régulièrement Jimmy Lai d’être un « traître » et d’être l’instigateur de l’immense mouvement de contestation. De plus, de hauts responsables du Parti communiste considèrent qu’il est coupable de crimes envers la sécurité nationale.

La police a justifié par cette loi le gel en mai des comptes bancaires de Jimmy Lai et de sa participation majoritaire dans le capital de Next Digital. C’était la première fois que cette législation était utilisée pour geler la participation d’un actionnaire majoritaire d’une société cotée en Bourse.

La Chine n’avait jamais touché aux actifs du journal, jusqu’à ce 17 juin 2021, et il est impossible de savoir si Apple Daily sera toujours en mesure de payer ses salariés.

D’ailleurs, le rédacteur en chef de l’Apple Daily avait reconnu en mai à l’Agence France presse qu’Apple Daily était « en crise » depuis l’emprisonnement de son patron, Jimmy Lai. Mais, il avait assuré que les journalistes étaient déterminés à continuer la publication