Par Joseph Mimbale – Notre monde est en train de changer à une vitesse stupéfiante. A en croire les récentes prévisions de Standard Chartered, les marchés émergents d’aujourd’hui tiendront l’économie du monde à l’horizon 2030. La Chine dépassera les Etats-Unis et deviendra la première économie du monde.[1]

Dans le même ordre d’idées, Goldman Sachs estime qu’à l’horizon 2050, l’économie chinoise représentera presque le double de l’économie américaine. Il ne fait l’ombre d’un doute, les performances économiques de la Chine de ces dernières années en attestent, en 30 ans seulement,[2] l’empire du milieu a vu son statut passé de nation faisant partie de pays agricoles les plus pauvres du monde à celui de deuxième puissance économique mondiale ce jour.

650 millions de personnes sont sorties de la pauvreté (World Bank). Et au cours de cette période, 80% de réduction de pauvreté dans le monde s’est produite en Chine. Alors que tous les facteurs tendaient et participaient à un paysage sans reliefs perturbateurs, à une montée économique chinoise sans heurt, une guerre commerciale éclate entre les deux puissances économiques mondiales. De l’escalade verbale à la réciprocité des sanctions douanières, les marchés américains, chinois, européens voire asiatiques… sentent la poudre.

Escalade verbale

Depuis le mois de mars 2019, nous assistons à une véritable surenchère d’annonces entre américains et chinois. Une surenchère verbale qui fait de plus en plus craindre un antagonisme commercial entre les deux Etats. Quelques propos relevés ici présagent des tensions entre les Etats-Unis et la Chine :

« Il est temps de remettre de l’ordre dans les pires accords commerciaux jamais conclus par n’importe quel pays sur terre dans toute l’histoire », déclarait le Président américain Donald Trump (Le Monde).

« (…) La Chine a beaucoup plus à perdre que nous », a indiqué le conseiller au commerce de la Maison Blanche, Peter Navarro (Le Monde).

« La Chine s’oppose résolument au comportement brutal et insensé des Etats-Unis et n’aura pas d’autres choix que de rendre les coups », a répliqué le porte-parole du Ministère chinois du commerce (Le Monde).

Le contenu de cette infographie serait le creuset sur lequel Washington aurait construit son argumentaire afin de faire plier Pékin à signer un accord commercial qui serait mutuellement avantageux aux deux puissances économiques du monde. Car en croire le Président Américain, Donald Trump, les Etats-Unis d’Amérique sont, aujourd’hui, les plus grands perdants dans les accords commerciaux entre les USA et la Chine.

En effet, le graphique ci-haut indique que les Etats-Unis importent plus en Chine qu’ils n’exportent. En 2017, ils ont importé de la Chine à hauteur de 505 milliards de dollars de marchandises, alors qu’ils n’ont exporté de marchandises en Chine qu’à hauteur de 130 milliards de dollars.

De fait, le déficit commercial entre ces deux pays s’élève à plus de 375 milliards de dollars. C’est dix fois plus qu’il y a vingt ans. Ainsi, dans le souci de rétablir l’équilibre commercial entre les Etats-Unis et la Chine, Washington a estimé nécessaire de taxer les produits importés de la Chine à hauteur de 25% de droits de douane.

De l’avis de Sébastian SEIBT, la perspective de la hausse des droits de douane « traduit la frustration des Américains de ne pas réussir à faire plier Pékin. »[3]

Protectionnisme contre protectionnisme

L’idée de Donald Trump c’est d’accrocher un boulet au pied des produits étrangers afin de les rendre moins compétitifs au détriment des produits américains. Il s’agit effectivement d’une taxe qui est imposée aux produits chinois à l’entrée des marchés américains et qui, par ricochet, les rendent beaucoup plus chers. C’est donc une forme de protectionnisme et c’est ce que font aussi les chinois.

L’infographie ci-après illustre le cas de nombreuses entreprises américaines qui se sont rendues à l’évidence de la difficulté de faire des affaires en Chine. L’histoire récente est parsemée d’exemples d’entreprises qui sont entrées en fanfare sur le marché chinois, pour se retirer quelques années plus tard.

Faudrait-il souligner, qu’à l’absence de la concurrence étrangère de l’autre côté de la Grande Muraille de Chine, les géants chinois de la technologie (à l’instar de Bizarro World, Alibaba, Baidu, Tencent, Xiaomi) affichent des taux de croissance explosifs. Ainsi, entre ralentir la croissance chinoise en faisant plier Pékin dans une guerre commerciale engagée par un de ses partenaires économiques aux relations beaucoup plus complexes, l’agitation est de plus évidente sur la scène internationale.

L’éveil imperturbable de la Chine face à une agitation commerciale américaine de courte durée

Il convient de relever à ce niveau une variable d’analyse importante, à même de prouver qu’en dépit d’une agitation commerciale drainée par Washington, l’éveil de la Chine dont l’imaginaire est fortement teinté des velléités patriotiques, demeurera imperturbable à long terme.

Il n’est un secret pour personne de reconnaître que le peuple chinois est farouchement nationaliste (Alain Peyrefitte). Farouchement nationaliste d’autant plus qu’il a été effarouché comme une tortue que l’on s’amuserait à titiller avec un bâton.

En effet, depuis le début du 19ème siècle, la Chine a été l’objet d’attaques. Pendant cent dix ans, entre 1839 et 1949, elle a été sous la domination des puissances étrangères. A un moment donné, en occident, d’aucuns pensaient que ce furent les chinois qui envoyèrent l’opium en occident. Or la réalité est que c’est plutôt l’occident, les anglais, qui ont imposé aux chinois, qui n’en voulaient pas, l’opium, le libre trafic d’opium via la guerre de l’opium en 1839.

Et cette tragédie de l’histoire, les chinois ne l’ont jamais oublié et par ricochet, ce peuple est animé d’un sentiment nationaliste à nul autre pareil. Ceci voudrait dire, peu importe les agitations internationales autour de la Chine, ce peuple résistera ; mais qu’en sera-t-il des autres peuples ? Alain Peyrefitte n’a-t-il pas dit, « quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera !« 


[1]  Jeff Desjardins, Chart: The World’s Largest 10 Economies in 2030, In Visual Capitalist, in line: https://www.visualcapitalist.com/worlds-largest-10-economies-2030/

[2] Nous sommes en 2013

[3] Sébastian SEIBT, Frustration et surenchère des États-Unis dans leur conflit commercial avec la Chine, In France24, in line : https://www.france24.com/fr/20190507-conflit-commerce-chine-etats-unis-usa-trump-sanction-impasse-douane


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De nationalité congolaise (RD. Congo), je suis diplômé d’Etat en Techniques Industrielles/Option Radio Transmission de l’Institut Technique de Télécommunication. Joseph Mimbale est en outre, titulaire d’une licence en Relations Internationales dans la Faculté des Sciences Sociales Administratives et Politiques de l’Université de Kinshasa. Actuellement, étudiant en Master des Relations Internationales/spécialité Relations Sino-Africaines à l’Institut d’Etudes Africaines de l’Université Normale de Zhejiang (浙江师范大学), Joseph Mimbale est auteur de plusieurs œuvres de l’esprit dont notamment :

  • De la gestion des cours d’eau internationaux face à la souveraineté des Etats : regard sur la Commission Internationale Congo-Oubangui-Sangha ;
  • Impact de l’aide humanitaire des agences du système des Nations Unies sur l’insécurité alimentaire à Mbandaka : cas de la FAO ;
  • De l’insécurité et guerres incessantes dans la partie-Est de la RDC : pour un modèle d’analyse fondé sur la doctrine réaliste en Relations Internationales ;
  • La SADC face à l’intégration des pays de l’Afrique australe ;
  • Perspective d’adhésion de l’Ukraine à l’Union Européenne : enjeux et débats ;
  • La tripartite de l’Organisation Internationale du Travail ;
  • Entre l’idée d’une guerre des religions et les logiques d’analyse des relations internationales ;
  • Le modèle chinois : une leçon à tirer pour le peuple de l’Afrique ;
  • The Dragon’s Deal: Educational Development and Knowledge Sharing in China-Africa Cooperation

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