par Chinafrique.Com – Cela fait à peine 6 mois que les wagons ont commencé à rouler sur le chemin de fer à voie normale du Kenya, entre Nairobi et Mombasa, que déjà la ligne peine à répondre à la forte demande des voyageurs. Construit par des sociétés chinoises, le nouveau chemin de fer a résolument changé le paysage du Kenya. Ses trains aux couleurs vives et ses stations modernes étincelantes sont autant d’incarnations concrètes de la vision portée par l’initiative des Nouvelles Routes de la soie en Afrique.

Réalisés main dans la main avec des partenaires africains, de tels projets de construction chinoise contribuent à la modernisation de l’infrastructure du continent, en particulier en Afrique de l’Est, selon les experts.

Cette réalité sur le terrain se reflète d’ailleurs dans un récent rapport du cabinet d’avocats international Baker McKenzie et du cabinet de conseil en stratégie mondiale Silk Road Associates. Intitulé Belt & Road : Opportunities & Risk (Les Nouvelles Routes de la soie : opportunités et risques), le rapport affirme que l’Afrique de l’Est a le potentiel de devenir une destination phare pour les investissements chinois à l’étranger dans le cadre de cette initiative pharaonique pilotée par la Chine.

Priorité aux infrastructures

Les statistiques montrent que les échanges sino-africains ont pris de la vitesse depuis le sommet de Johannesburg du Forum sur la Coopération sino-africaine, qui s’est tenu en décembre 2015 en Afrique du Sud. Depuis, nombre de grands projets de coopération dans le domaine des infrastructures ont été lancés et commencent à porter leurs fruits.

Le chemin de fer Mombasa-Nairobi – le plus grand projet d’infrastructure réalisé au Kenya depuis 50 ans – est loin d’être le seul exemple. On compte aussi parmi les grands projets pilotés ou soutenus par la Chine le chemin de fer entre Addis-Abeba et Djibouti – la première ligne électrique transfrontalière du continent. Le pont de Kigamboni de 680 mètres de long, qui relie la plus grande ville de Tanzanie, Dar es Salaam, à Kigamboni, et le train léger sur rail d’Addis-Abeba, en Éthiopie, font également partie du lot.

Selon le rapport, « l’Afrique de l’Est est une partie intégrante des Nouvelles Routes de la soie en raison des ports de Djibouti, de l’industrie manufacturière de l’Éthiopie et des projets de la région visant à relier les réseaux ferroviaires, routiers et énergétiques ».

Selon le directeur général de Kenya Railways Corp., M. Atanas Maina, le chemin de fer à voie normale entre Mombasa et Nairobi va promouvoir le développement de plusieurs industries, y compris l’agriculture, l’exploitation minière, la fabrication, l’énergie et le tourisme. Ce nouveau lien favorisera l’établissement de villes le long de la ligne, créant des emplois et haussant le revenu des travailleurs.

Ce point de vue est partagé par Rob Hersov, président d’Invest Africa, une organisation de conseil aux entreprises, qui place le train léger sur rail d’Addis-Abeba au rang des exemples prouvant que les investissements chinois apportent de réels avantages aux habitants, et donnent une forte impulsion à l’économie des pays.

Toutefois, malgré ces progrès, la faiblesse des infrastructures et de l’accès à l’Internet demeure une contrainte à la croissance du commerce inter-africain à l’attraction des investissements internationaux, selon Mme. He Wenping, chercheuse à l’Institut Charhar.

« La construction d’infrastructures et le renforcement de la connectivité sont des moteurs importants dans le cadre des Nouvelles Routes de la soie. Cela va non seulement soutenir le développement des pays le long de ces nouvelles routes, mais aidera aussi les entreprises chinoises à explorer de nouveaux marchés internationaux. En fin de compte, cela va créer de nouvelles opportunités sur l’ensemble du continent africain », explique-t-elle.

Un aimant pour les investissements

La Banque mondiale estime que l’Afrique aura besoin d’environ 93 milliards de dollars (82,7 milliards d’euros) chaque année pour combler son déficit d’infrastructure. De plus, selon le dernier rapport Africa Attractiveness de la société Ernst & Young, la Chine a déjà investi dans 293 projets sur le continent depuis 2005, pour un total de 66,4 milliards de dollars (59, 1 milliards d’euros).

D’ici 2025, grâce à l’amélioration des infrastructures, les bénéfices de l’initiative des Nouvelles Routes de la soie s’étendront à d’autres secteurs, en particulier pour la technologie, les télécommunications et l’industrie manufacturière.

Bien que le développement des infrastructures ait été la principale force motrice dans le cadre des Nouvelles Routes de la soie, d’autres secteurs seront amenés à jouer ce rôle. Comme le souligne le rapport, on observe une entrée en force des marques chinoises de téléphones intelligents en Afrique.

Transsion, une compagnie de portables basée à Shenzhen, représentait 38% du marché africain en 2016, selon la société d’études de marché International Data Corp. Cela signifie que pour trois portables vendus sur le continent, l’un d’entre eux porte le logo de Transsion.

Les investissements de Transsion dans de nombreux pays africains en ont fait non seulement une marque bien connue de son marché cible, mais ont également amélioré de façon concrète la vie des populations locales. En 2011, l’entreprise a ouvert les portes de sa première usine de téléphones intelligents en Éthiopie, créant plus de 1 500 emplois locaux.

Tout en produisant des portables pour une clientèle mondiale, la société Huawei a fait ses premiers pas dans le secteur des infrastructures pour les services de téléphonie mobile. Depuis 2013, le géant chinois des télécommunications travaille main dans la main avec l’Autorité zambienne des technologies de l’information et des communications et les opérateurs locaux pour assurer une couverture mobile même dans les zones les plus reculées du pays. En 2014, ces efforts ont permis d’installer 169 antennes à travers le pays, permettant de connecter pour la première fois plus de 500 villages au réseau national de téléphonie.

Des résultats déjà probants

Selon les observateurs, le besoin d’accélérer le développement des infrastructures dans les secteurs de l’énergie, des transports et des technologies de l’information et des communications fait désormais consensus parmi les pays africains comme la seule méthode pour stimuler la croissance et transformer l’économie. La question de savoir comment financer ce besoin, par contre, se pose toujours.

Au début de 2017, le Fonds monétaire international (FMI) s’est intéressé au boom des infrastructures au Djibouti. Selon les données du FMI, on estime que la croissance de ce petit pays de la Corne de l’Afrique aurait atteint 6,5% en 2016. Le pays vise également une croissance à moyen terme de 7,5 à 10% chaque année grâce aux investissements dans les infrastructures. Dans plusieurs cas, des entreprises chinoises se trouvent à l’origine de ces projets, notamment pour le nouveau port et l’oléoduc reliant le pays à l’Éthiopie.

La Chine est devenue la principale source des investissements étrangers directs sur le continent, selon M. Lemma Senbet, directeur exécutif du Consortium de recherche économique sur l’Afrique, une organisation de recherche économique basée à Nairobi. « Je considère que l’engagement de la Chine envers l’Afrique a véritablement changé la donne dans le commerce, les investissements et le développement des infrastructures. Il y a eu un impact positif sur la trajectoire de croissance de l’Afrique. »

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