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OPINIONS,Yoro Diallo

Le Forum Sino-africain sur la Défense et la Sécurité, instrument inédit

La Chine, le berceau des inventions majeures qui ont révolutionné le progrès mondial (à savoir, l’encre, le papier, la boussole, la poudre, etc..) vient d’initier avec les pays Africains un instrument incomparable de coopération internationale. Il s’agit du « Forum Sino-africain sur la Défense et la Sécurité ». La première Session dudit Forum qui s’est tenue à « l’Université de la Défense Nationale de Beijing », du 16 au 18 juin 2018, s’inscrit comme acte de coopération unique en son genre.

Invité par la Direction de l’Université en qualité de Conférencier, j’ai eu l’insigne honneur et le privilège de partager avec de hauts gradés des Forces Armées et de Sécurité de Chine et des pays Africains quelques pistes de réflexion et de débat sur « La Situation de la Sécurité en Afrique et les Perspectives de Coopération ».

Dans ce cadre, j’ai noté que les problèmes de sécurité en Afrique sont nombreux avec des contextes et des caractéristiques complexes.L’Afrique est un très vaste continent et chaque région à ses propres réalités. Chaque pays a ses propres défis économiques, politiques, sociaux et culturels. Cependant, tous les pays Africains ont en commun l’héritage de la colonisation ; une occupation humiliante et déshumanisante dont les peuples Africains gardent à présent les séquelles. Ces séquelles portent notamment sur des frontières tracées par les puissances d’occupation lors de la conférence de Berlin en 1885,l’ingérence continue et souvent agressive des anciennes puissances coloniales dans le quotidien des Africains.

A cette situation s’ajoutent les conflits ethniques internes, les luttes de pouvoir, les réformes politiques et administratives ignorant les réalités socioculturelles des populations, le manque de la primauté du droit, la faiblesse des institutions, le manque d’éducation, l’extrémisme religieux, souvent violent et le déséquilibre macroéconomique. 

Ces éléments parmi tant d’autres constituent le terreau propice aux organisations criminelles de tous les genres, essaimées partout sur le continent avec souvent des connections insoupçonnées en dehors de l’Afrique : Egypte, Libye, Somalie, Kenya, Nigeria, Tunisie, pays du Sahel etc…. La complexité et l’étendue de ce tableau noir, nous incite à une analyse circonscrite à une zone, celle du Sahel par exemple.                          

Au Sahel le problème de la sécurité est principalement liée aux rebellions Touarègues. A ces rebellions se sont annexés l’extrémisme religieux et un certains type d’acteurs du crime organisé. Dès lors, la question à poser pourrait porter sur :

Que faut-il comprendre des Rebellions Touarègues dans le Sahel?

Depuis l’invasion coloniale de la France dans la région particulièrement au Mali, il est apparu de façon cyclique des « rebellions Touarègues » dont la nature et les objectifs ont variés en fonction des contextes politiques aux plans national et international. On est tenté de se demander s’il s’agit d’un irrédentisme politique à caractère ethnique, de stratégie de positionnement d’un groupe de personnes visant à asseoir une hégémonie économique, sociale et culturelle perdue ou du fait de l’ancien colonisateur dans son désir de vengeance ou de néo-colonisation d’une zone dont le sous-sol serait riche en ressources.

Rappelons que dans la zone, l’Empire Songhaï (des Noirs), fondé au 7eme siècle avait étendue toute sa puissance avant de passer au 13eme siècle, sous la domination de l’Empire du Mali, la plus vaste et la plus célèbre organisation étatique de l’histoire de la région. L’Empire Songhaï dirigé par la Dynastie des Askia retrouvera son indépendance au 15eme  siècle avant de s’effondrer en 1591 sous la conquête des Marocains. C’est en toile de fond de cette histoire que les rebellions ont généré une chaîne opératoire tout aussi cyclique : rébellion-désertion-accords de paix-intégration-rébellion-désertion….

@christian lang

Dans une période se déroulant de 1963 à 2012 quatre rebellions se sont produites dans la zone du Sahel :

– La première, celle de 1963-1964, recelait les germes d’une tendance indépendantiste qui était partie prenante de l’Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS) créée par le colonisateur Français en janvier 1957, visant à permettre l’expansion économique et sociale des zones sahariennes de la République française. A la gestion de l’OCRS pouvait participer l’Algérie, la Mauritanie, le Mali, le Niger, et le Tchad, soit l’ensemble du monde Touareg, appelé aussi « le Sahara des Nomades ».

L’un des objectifs de l’OCRS était de séparer le Maghreb de l’Afrique subsaharienne au moment où l’on découvrait les richesses pétrolières et gazières dans le Sahara Algérien. Cette rébellion s’inscrivait dans le prolongement des turbulences politiques qui ne favorisent pas l’instauration d’un pouvoir central étatique en formation. Ces turbulences concernent l’indépendance du Soudan Français devenu la République du Mali en 1960 avec à sa tête un régime à orientation socialiste, présidé par Modibo Keita. Pendant cette période se déroulait la guerre d’Algérie.

– La deuxième, celle de 1990-1995 apparaît dans le contexte d’un mouvement social dirigé contre un pouvoir instauré par un militaire(1968-1991). Elle présente un caractère identitaire et de développement qui conduit à la signature du « Pacte national » en 1992. Des centaines de combattants vont intégrés les structures de l’Etat, notamment l’administration, la diplomatie, les forces de défense et de sécurité, souvent avec des grades élevés.

– La troisième qui a eu lieu de 2006 à 2007 s’est manifestée au moment des élections présidentielles. Elle se légitimait  par des critiques relatives à lanon-application du pacte national. Elle fera l’objet des accords dits « Accords d’Alger » signés le 4 juillet 2006. Le point le plus important dudit accord concerne le processus de délocalisation des casernes militaires dans les zones urbaines et la création d’unités spéciales rattachées au commandement de la zone militaire et composée essentiellement d’éléments issus des régions nomades. En d’autres termes l’armée nationale malienne se retire d’une partie importante du territoire national sur laquelle la souveraineté ne s’exerce plus.

– La quatrième rébellion, celle du 17 janvier 2012, est intervenue dans des contextes locaux, nationaux et  internationaux inédits et combinés. Alors on a assisté à une banalisation des activités criminelles (dont les trafics de drogue et autres…) et à la sanctuarisation d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) à partir de 2007.

Ces deux éléments imbriqués organiquement feront de cet espace une zone de non droit où règne l’impunité, la corruption, les complicités à des niveaux insoupçonnés. C’est dans ce cadre politico-social aux richesses minières prometteuses que se sont greffées les conséquences immédiates de la guerre en Libye.

Dans ces contextes particulièrement complexes où tout se mélange et entretient de multiples confusions et amalgames, il importe de ne pas avoir une approche linéaire qui situerait les événements politiques dans les relations mécaniques de cause à effet. La situation en Libye, créée par les Occidentaux semble être l’indicateur d’un probable processus de déstabilisation dans l’espace Sahélo-saharien dont le Mali constitue le maillon le plus faible.

C’est dans ces contextes de multiples enjeux qu’émerge le Mouvement National de Libération de l’Azaouad (MNLA) issue de la fusion de plusieurs mouvements. Ce Mouvement va procéder des attaques et tueries avec la collaboration d’autres groupes notamment Ançardine et ou Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI). Ces attaques et tueries seront la cause de l’interruption du processus de l’élection présidentielle de 2012  par un coup d’état militaire.

Depuis ces faits qui ont été suivis d’interventions étrangères, la France en tête, on assiste à une réorganisation des formes et modalités de gestion et de la lutte contre le crime organisé et le terrorisme dans la Zone. Dès lors les grands défis sécuritaires deviennent les défis de la lutte contre le terrorisme. En point de mire de Barkhane et du G5 Sahel, AQMI et Boko Haram.

 Alors comment garantir la sécurité dans les pays de la région ?

Forum sur la coopération Chine-Afrique de septembre 2018

Il y a lieu de renforcer la coopération entre les pays Africain, améliorer la gouvernance locale, mais surtout apprendre d’un pays dont l’amitié et la solidarité avec l’Afrique n’a souffert d’aucune forme de lassitude depuis la période des luttes d’indépendance. Aussi, les thématiques du développement sans lequel il n’y a pas de paix demeurent au cœur des problèmes sécuritaires dont les solutions trouveront une part de réponse dans des approches et des méthodes créatives, notamment un mécanisme sécuritaire de type nouveau, consultatif et de prévention.

Ce mécanisme devra prendre en compte l’étroite coopération intra-africaine, mais aussi l’apport des partenaires, je dirais des vrais amis de l’Afrique car tout partenaire n’est pas ami. Ce Forum Sino-africain sur la Défense et la Sécurité, qui s’inscrit désormais parmi les importants instruments du ‘’Forum Sur la Coopération Sino-africaine’’ prouve à souhait l’attachement indéfectible de la Chine à l’amitié sincère et pragmatique avec l’Afrique.

Les domaines que l’Afrique pourrait explorer dans cette coopération avec la Chine peuvent se reposer sur la formation, la technologie et les renseignements. En parlant de formation et de technologie, lors de la commémoration du 70e anniversaire de la victoire du peuple Chinois dans la guerre de résistance contre l’agression japonaise et la guerre antifasciste,  le Président Xi Jinping a présidé une cérémonie suivi d’un défilé militaire, au cours duquel la Chine a exposé au regard du monde que la défense et la sécurité ne sont pas évaluées seulement au nombre de combattants mais aussi et surtout à la technologie ; une technologie adaptée. L’Afrique devra ici trouver son inspiration.

La Chine a toujours proposé au monde, à l’Afrique en particulier une voie du développement pacifique reposant sur des principes directrices,que sont « la paix, l’ouverture, la coopération ». La voie du développement pacifique revient à unifier le développement intérieur du pays et l’ouverture de ce dernier sur l’extérieur, à associer le développement de la Chine à celui du monde. Il s’agit à mon humble avis de préserver la paix et la sécurité sans lesquels aucun développement n’est possible. Les actions que la Chine décline en faveur de l’Afrique s’inscrivent en droite ligne des aspirations dans l’Agenda 2063 de l’Union Africaine.

Il s’agit de l’Aspiration à une Afrique pacifique et sûre. Ces aspirations, rêve des peuples d’Afrique demeurent en communion avec le rêve chinois ; un rêve de paix et de développement. La Chine est voie de réaliser ce rêve depuis la réélection du porte flambeau des héros de « la longue marche », le Président Xi Jinping comme Président de la République  Populaire de Chine suite au 19Congrès du Parti Communiste Chinois en Octobre 2017.

La Chine se propose de partager son rêve et sa prospérité avec l’Afrique dans tous les domaines par le biais du Forum sur la Coopération Sino-africaine et par « l’Initiative la Ceinture et la Route ». Au moment où le Président Américain prône « America first » (l’Amérique d’abord)  et s’engage à construire des murs entre les peuples, à séparer des membres de la même famille, le Président Xi Jinping propose des routes, des ponts, des ports, des chemins de fer, des lignes aériennes et navales, des zones économiques pour connecter le monde et favoriser le développement et la paix.

Par ailleurs, dans le cadre des Nations Unies, il y a lieu de noter que plus de 2.500 casques bleus Chinois sont actuellement déployés dans cinq opérations de maintien de la paix en Afrique. Cela fait de la Chine le plus important contributeur de contingent aux opérations de maintien de la paix parmi les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité. Au Mali par exemple, pays du Sahel, la Chine a déployé 395 soldats de la paix.

Le travail de ces soldats est très apprécié par les populations locales en raison de leur discipline et de leur engagement civique. La Chine soutient la construction des mécanismes et de la capacité en matière de sécurité collective africaine. Elle soutient aussi que « les Africains trouvent des résolutions aux points chauds de l’Afrique par des moyens africains ». Elle participe de manière constructive aux affaires relatives à la paix et à la sécurité en Afrique et contribue de manière unique pour préserver la paix, la stabilité et la sécurité sur le contient.

Au regard des changements et des adversités sur la scène internationale nous pensons que la Chine doit être une source d’inspiration,une référence en matière de défense, de sécurité et de développement pour qu’enfin les pays africains mettent fin au « copier coller » de la gouvernance de l’Occident à l’Afrique et à l’aide que lui apporte les pays Occidentaux. Cette aide en cours depuis des siècles n’a jusqu’ici assuré ni la sécurité ni le développement de l’Afrique, mais plutôt provoquée son assujettissement. Oui, une aide qui ne vous rend pas indépendant du donateur vous assujettie. 

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