L’Afrique est devenue le théâtre d’une lutte d’influence entre la Chine et les Etats-Unis, qui voient leur présence s’effacer aux profits des chinois, dont les investissements continuent d’inquiéter les puissances occidentales.

« La Chine ne piège pas l’Afrique dans la dette », a affirmé au Kenya le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, à l’occasion d’une tournée africaine où ce dernier doit notamment visiter divers projets d’infrastructures financés par la Chine.

A Mombasa, où la Chine finance la construction d’un nouveau terminal au sein du plus grand port d’Afrique de l’Est, Wang Yi a affirmé que les prêts liés à ces projets représentaient un « bénéfice mutuel ».

« Il s’agit d’un narratif qui a été créé par ceux qui ne veulent pas voir le développement de l’Afrique », a déclaré le ministre lors d’un point presse. « S’il y a un piège, c’est celui de la pauvreté et du sous-développement. »

La visite de Wang Yi entre dans le cadre de celle qu’a effectuée en novembre 2021 sur le continent le secrétaire d’État américain Antony Blinken, un voyage en partie destiné à contrer l’influence grandissante de la Chine en Afrique.

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Pékin est le premier partenaire commercial de l’Afrique, avec des échanges directs de plus de 200 milliards de dollars (180 milliards d’euros) en 2019, selon les chiffres officiels chinois.

Mais la Chine est souvent accusée par les occidentaux d’utiliser son statut de créancier pour exiger des contreparties diplomatiques et commerciales, suscitant l’inquiétude de certains états sur la capacité de nombreux États africains à soutenir les dettes contractées.

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Wang Yi a également annoncé la nomination d’un envoyé spécial chinois pour la Corne de l’Afrique, afin d’impliquer diplomatiquement la Chine dans cette région en proie à divers conflits. « Nous allons continuer à jouer un rôle encore plus grand pour la paix et la stabilité de la région« , a-t-il déclaré.

LE CAS DU KENYA

La Chine est ainsi devenue le second créancier du Kenya après la Banque mondiale et a financé d’importants projets d’infrastructures dans un pays où les niveaux de dette ont explosé ces dernières années.

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Chemin de fer à voie normale du Kenya fait par la Chine

Le président kényan Uhuru Kenyatta a lui salué l’autoroute de Nairobi construite par la Chine, la qualifiant de projet d’infrastructure clé. L’autoroute de 27,1 kilomètres est destinée à réduire les embouteillages. En cours de construction par la société China Road and Bridge Corporation (CRBC), elle est financée dans le cadre d’un partenariat public-privé.

Pékin a également financé l’infrastructure la plus chère depuis l’indépendance du Kenya, une ligne de train ayant coûté 5 milliards de dollars. Lors d’une visite au Kenya en janvier 2020, Wang Yi avait décrit cette ligne comme un « étalon » des Nouvelles routes de la soie (Belt and Road Initiative).

Interrogé par l’Agence France Presse, Alikhan Satchu, analyste économique et géopolitique, a expliqué que le Kenya faisait face à des niveaux d’intérêts élevés pour financer des investissements qui ne « génèrent pas de retour sur investissement dans un avenir proche ».

Le ministre chinois doit s’entretenir avec le président Kenyatta, après une rencontre ce 6 janvier avec plusieurs ministres où des accords dans les domaines du commerce, de la santé, de la sécurité ou encore de transferts de technologies vertes ont été signés.

« La visite est un témoignage de l’approfondissement des relations entre les deux pays », a déclaré à l’issue de la rencontre la ministre kényane des Affaires étrangères Raychelle Omamo.

De son coté, le chef de l’Etat kényan a réfuté les allégations selon lesquelles les relations du Kenya avec la Chine ne sont pas bénéfiques. « Beaucoup de gens nous ont dit que nos relations avec la Chine ne sont pas bénéfiques. A ceux qui disent cela, je leur demande de venir, et qu’ils voient un projet comme celui-ci », a indiqué ce dernier.