Le rapport d’Human Rights Watch (HRW) sur la discrimination à l’embauche à l’égard des femmes reste une réalité en Chine. Pour certains avocats chinois, ce phénomène s’explique par l’absence de lois qui encadrent le recrutement et par l’application de sanctions trop légères dans le pays.

Les femmes discriminées dans les offres d’emploi

Lors d’une conférence de presse à Hong Kong, Kenneth Roth, directeur exécutif de HRW, a déclaré que la question de l’égalité entre les femmes et les hommes à l’embauche relevait des droits de l’Homme.

«Pour être franc, les autorités chinoises ont tendance à marginaliser les questions relatives aux droits de l’Homme, qui semblent cantonnées aux minorités ethniques comme les Tibétains ou les Ouïghours. Le rapport rappelle que ces droits doivent aussi pouvoir bénéficier à l’ensemble du peuple chinois», a souligné ce dernier.

Lu Zhoubin, avocat spécialisé dans la défense des militants des droits des femmes, a confié au journal Voice of America que «lors du recrutement, les hommes sont souvent les plus convoités. Toutefois, les recruteurs ne peuvent le spécifier clairement dans leur annonce, et usent ainsi de différents stratagèmes pour contourner cette interdiction. Ainsi, plutôt que de publier une annonce ou serait mentionné ‘réservé aux hommes’ ou ‘réservé aux femmes’, nombreux sont ceux qui se contentent simplement de trier les candidats au moment de l’embauche. C’est la situation discriminatoire la plus courante».

D’après Kenneth Roth, les entreprises étrangères installées en Chine ne semblent pas concernées par ce phénomène, car les règles en matière de recrutement sont strictes en Occident, et les mécanismes de mise en œuvre sont efficaces.

«Le point positif, c’est que la législation chinoise interdit les inégalités entre hommes et femmes, et qu’elle a adopté une loi proscrivant toute discrimination fondée sur le sexe. Le point négatif, c’est que ces lois ne sont pas appliquées et, par conséquent, que ce type de discrimination s’est banalisé», a souligné le directeur exécutif de HRW.

Lu Zhoubin s’accorde à ce dernier, estimant que «les risques juridiques restent faibles, même pour des recruteurs qui spécifient clairement rechercher un homme ou une femme ; ils encourent une peine mineure et n’ont donc aucune raison de se soucier de ces lois. Cependant, on observe des changements sur ce point, et de plus en plus de Chinois osent porter l’affaire devant les tribunaux. Le phénomène des ‘emplois réservés aux hommes’ ne résulte peut-être que d’une méconnaissance de la loi des entreprises».

 Pour l’avocat, les pratiques commencent à évoluer dans de nombreuses entreprises chinoises. Il y a dix ans, les recruteurs n’hésitaient pas à réserver certaines offres d’emploi aux hommes ou aux femmes. C’est aujourd’hui plus rarement le cas.

De son côté, Jessica Park, expatriée vivant à Hong Kong depuis 16 ans, a expliqué que «certains postes sont mieux adaptés aux femmes qu’aux hommes et inversement, la question de la discrimination à l’embauche doit donc être abordée dans toute sa complexité. Il est en outre essentiel de veiller à ce que les hommes et les femmes soient protégés de manière égale contre le harcèlement sexuel, sans aucun parti pris pour l’un ou l’autre des sexes».