Des dizaines de manifestants ont manifesté devant le Consulat du Japon à Hong Kong, sous le slogan, « Non à Pei-kaa-jau! Rendez-nous Bei-kaa-chyu! ». Ces derniers protestent contre la décision de la société Nintendo d’avoir abandonné le nom cantonnais du plus célèbre des Pokémons, pour sa prononciation en mandarin, langue officielle de la République populaire de Chine : Pi Ka Qiu.

Une pétition contre Nintendo, visible sur Facebook, a d’ailleurs été signé, faisant de Pikachu, le « symbole d’une insidieuse bataille identitaire », note le site suisse 24heures. La colère des hongkongais se porte sur la différence entre la traduction traditionnelle de Hong Kong, « Bei-kaa-chyu », et la traduction en mandarin, « Pi-ka-qiu ». Pour Sing Leung, un des organisateurs de la manifestation, « Pikachu existe à Hongkong depuis plus de vingt ans ».

pikachu

« Non à Pei-kaa-jau! Rendez-nous Bei-kaa-chyu! »

Ce dernier a expliqué au Hongkong Free Press, qu’il s’agit « davantage qu’un jeu ou une BD, c’est la mémoire collective d’une génération! ». Une génération également représentée par Wong Yeung-tat, du mouvement Civic Passion (Localistes militant pour l’autonomie et l’identité de Hong Kong), qui estime : « nous sommes confrontés à beaucoup de tentatives pour faire disparaître notre culture. Notre génération ne peut plus se permettre de ne pas la protéger ».

Ce dernier a indiqué que Quartz que « notre culture et notre langue sont menacés par le gouvernement de Beijing, le mandarin et l’écriture simplifiée« . Wong Yeung-tat assure : « Nous avons peur que le cantonnais puisse disparaître ». 

Interrogé par la chaîne américaine, BBC, Stephen Matthews, professeur de sciences humaines à l’Université de Hongkong a expliqué « ces dernières années, les gens ont le sentiment que la spécificité de Hongkong disparaît peu à peu. La question du Pokémon, sans importance en soi, est devenue un grand enjeu parce que c’est très sensible. Dans le climat actuel, on y voit un exemple de la ‘contentinentalisation rampante' » de la Chine dans l’île. D’autant plus que « la langue est peut-être le marqueur le plus important de la différence entre Hongkong et le reste de la Chine ».

En effet, le cantonnais se démarque de son voisin chinois, bien qu’il soit parlé dans les provinces du Guangdong et du Guangxi. La différence entre Hong Kong et la Chine continentale se situe également dans l’écriture des sinogrammes, les premiers préférant la version traditionnelle, alors que les seconds ont été amené à utiliser la version simplifiée.

La langue est sujet controverse à Hong Kong, en février, les autorités ont reçu 10’000 plaintes en 3 jours, suite à la diffusion d’une émission télévisée sous-titrée en chinois simplifié. En 2014, le service de l’éducation a dû présenter ses excuses après avoir indiqué sur son site internet que le cantonnais n’était pas langue officiel de l’île.

Les textes de lois indiquent que l’anglais et le chinois sont les langues officielles, mais ils ne précisent pas si il s’agit du mandarin ou du cantonnais. D’autant plus qu’en Chine continentale, le cantonnais est souvent considérée comme une langue « non civilisés » par rapport au Mandarin.

D’ailleurs dans une lettre adressée à Tsunekazu Ishihara et Junichi Masuda, de Nintendo Company, Creatures Incorporation, Game Freak, and the Pokémon Company, les fans hongkongais de Pokemon ont demandé la conservation de l’appellation cantonnaise : 比卡超 (Beikaa-chyu), assurant que « si cette question est traitée, elle va certainement renforcer l’image de votre société à Hong Kong et donc les ventes de la nouvelle série (Generation VII, Pokémon Sun and Moon). Par conséquent, ce serait bien si votre entreprise pourrait prendre sérieusement notre proposition en considération ».