Récif de Scarborough : Manille veut conserver sa main mise

par | Fév 8, 2017 | Asie/Pacifique, Mers de Chine, MONDE

Dans un entretien à l’Agence France Presse, Delfin Lorenzana, ministre philippin de la Défense, a jugé « inacceptable » la possible construction d’infrastructure par Beijing sur le récif de Scarborough, proche des côtes philippines en mer de Chine méridionale.

Ce récif se trouve à 230 km de Luçon, île principale des Philippines, et est à 650 km de l’île de Hainan, la masse terrestre chinoise la plus proche. Beijing a entamé des travaux de remblaiement, et édifié des infrastructures militaires sur plusieurs îles et îlots situés en mer de Chine méridionale.

Or pour Delfin Lorenzana , les chinois « ont empiété » et « occupé trois îles là-bas (dans les îles Spratleys), en plus ils essayent de prendre Scarborough. Pour nous, c’est inacceptable« .

Manille veut conserver Scarborough

En septembre 2016, Manille avait fait savoir qu’elle détenait des preuves photographiques de la présence de deux bateaux chinois approchant le récif de Scarborough, revendiqué à la fois par la Chine, les Philippines et Taïwan.

A cette époque, le porte-parole du ministère de la défense philippin, Arsenio Andolong, avait indiqué que « leur présence est le prélude à des activités de construction sur le récif ». Cinq mois plus tard, le ministre philippin de la défense a assuré auprès de l’AFP que « si nous les laissons faire, ils vont construire. C’est très très perturbant. Bien plus perturbant que Fiery Cross car c’est si proche de nous ».

« Nous pourrions nous retrouver avec une confrontation physique ente les garde-côtes chinois et des bateaux philippins soutenus par la marine américaine« , avait estimé le chercheur Carl Thayer de l’université australienne de New South Wales.

Washington vent debout

Ainsi si la Chine commence des travaux de remblaiement et installe des infrastructures sur Scarborough, Beijing « aurait un contrôle militaire de facto sur cette région, ce que Washington a dit qu’il n’accepterait pas« , ont expliqué des analystes à l’AFP.

Pour ces derniers, « un nouvel avant-poste militaire sur Scarborough constituerait la dernière étape physique d’importance pour prendre le contrôle de la région, en raison de sa position géographique ».

Une position qui contrecarre les intentions de Washinton. En effet, le ministre philippin  de la défense a précisé que l’an dernier, Beijing avait freiner ses constructions sur Sarborough après les avertissements américains.

« Les américains, c’est leur ligne rouge. Ligne rouge, ça signifie qu’on ne peut pas faire ça là, alors (les chinois) ne l’ont pas fait« , a indiqué Delfin Lorenzana, ajoutant que « si nous avions une forte présence militaire, nous pourrions les arrêter mais nous n’en avons pas. J’espère toujours qu’à l’avenir, un type raisonnable à Pékin verra la lumière et verra que (le récif) nous appartient. C’est vouloir la lune mais qui sait? »

De son côté, le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson avait annoncé que son pays bloquerait l’accès de la Chine à ces îles artificielles. D’autant que l’armée américaine est déjà à déployée dans l’archipel. Mais, celle-ci serait à portée de frappe des avions de chasse ou missiles chinois, en cas de riposte de Beijing.

Un conflit de super-puissance

« Leur stratégie est peut-être de faire face à toute superpuissance qui empiéterait sur la mer de Chine méridionale car ils pensent qu’elle leur appartient – c’est comme leur lac« , a considéré le ministre philippin, Delfin Lorenzana.

Rencontre entre Wang Yi et John Kerry, secrétaire d’Etat américain, fin janvier 2016.

Ce dernier a confié à l’AFP que « son pays pourrait devenir un terrain de bataille en cas de conflit entre les deux super-puissances« . Mais pour Beijing, un conflit armé avec les États-Unis auraient pour les deux pays des effets négatifs sur plusieurs niveaux (économique, diplomatique, commercial).

« Tous les responsables politiques sérieux reconnaissent clairement qu’il ne saurait y avoir un quelconque conflit entre la Chine et les États-Unis« , a déclaré Wang Yi, ministre chinois des Affaires étrangères, lors d’une visite en Australie.

« Les deux pays seraient perdants et ils ne peuvent certainement pas se permettre ça », a ajouté ce dernier, selon des propos rapportés par la télévision australienne ABC. Les tensions avec l’administration Trump, pourraient s’intensifier.

Le secrétaire à la Défense, James Mattis, a réaffirmé, la semaine dernière au Japon, que les îles Diaoyu/Senkaku en mer de Chine orientale, contrôlées par Tokyo mais revendiqué par Beijing, étaient couvert par l’alliance militaire entre les États-Unis et le Japon.

Une position rapidement contestée par Beijing. Afin d’apaiser la situation, le ministre Wang Yi a estimé que les relations sino-américaines avaient déjà « surmonté toutes sortes de difficultés » au cours des décennies.

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