«La situation est très dangereuse sur le terrain et peut devenir incontrôlable», a déclaré le lieutenant-général DS Hooda, qui a servi en tant que commandant du Nord de l’armée indienne de 2014 à 2016.

Pour ce dernier, «beaucoup dépendra de la capacité des deux parties à contrôler la situation instable et à l’empêcher de se propager à d’autres régions». La Chine et l’Inde ont tenu plusieurs séries de pourparlers, impliquant principalement des commandants militaires, sans parvenir à un accord.

Malgré les tentatives des responsables militaires, les négociations sont désormais politique. Les ministres de la Défense de Chine et d’Inde se sont réunis le 4 septembre en Russie, pour tenter de sortir de l’impasse. Il s’agissait du premier contact direct de haut dirigeants entre la Chine et l’Inde depuis le déclenchement des hostilités dans la région du Ladakh, en juin.

Récemment, la Chine et l’Inde se sont mutuellement accusés de nouvelles provocations, y compris d’allégations de soldats pénétrant sur le territoire de l’autre.

L’Inde a déclaré que ses soldats avaient contrecarré à deux reprises les mouvements «provocateurs» de l’armée chinoise. De son côté, le ministère chinois de la Défense a accusé les troupes indiennes de franchir les lignes de contrôle établies et de provoquer des provocations le long de la frontière.

Lire aussi : Nouvel accrochage entre la Chine et l’Inde

Début mai, des tensions ont éclaté avec une bagarre entre militaires. La situation s’est aggravée en juin alors qu’ils se battaient avec des matraques, des pierres et des poings, tuant 20 soldats indiens et en blessant des dizaines. La Chine n’a signalé aucune victime.

Lire aussi : Nouvelle confrontation entre la Chine et l’Inde dans l’Himalaya

L’impasse concerne des sections disputées d’un paysage vierge dans une région dotée de la piste d’atterrissage la plus haute du monde et d’un glacier qui alimente l’un des plus grands systèmes d’irrigation au monde.

Le lieutenant-général DS Hooda a expliqué à l’agence de presse américaine, Agency Press, qu’aucune des deux parties ne souhaitent de guerre totale. Mais pour lui, le «vrai désastre» est la fin des accords et protocoles existants.

Wang Lian, professeur de relations internationales à l’Université de Pékin à Pékin, a assuré qu’une guerre ouverte est peu probable car la Chine et l’Inde ont fait preuve de retenue lors de récentes réunions.

Mais New Delhi fait face à une forte pression de la part de la population, dont le sentiment anti-chinois s’accroit. De plus, le gouvernement incien est encouragé par les mesures américaines de plus en plus strictes contre la Chine.

«Je ne pense pas que (l’Inde) irait jusqu’à aggraver un conflit militaire à plus grande échelle, mais je pense que les deux parties se préparent», a déclaré Wang Lian.

L’Inde et la Chine partagent une frontière litigieuse et non marquée de 3 500 kilomètres, connue sous le nom de ligne de contrôle réel, qui s’étend de la région du Ladakh au nord à l’État indien du Sikkim.

La Chine et l’Inde ont mené une guerre frontalière en 1962 qui s’est terminée par une trêve fragile. Depuis lors, des troupes des deux côtés patrouillent et gardent la zone frontalière indéfinie, suivant des protocoles élaborés par les deux pays qui, entre autres, n’utilisent pas d’armes à feu l’un contre l’autre.

Mais Rahul Bedi, analyste de la défense, a souligné que l’Inde avait changé les règles d’engagement le long de la frontière après le conflit entre soldat en juin. D’après ce dernier, les commandants locaux avaient «la liberté d’initier des réponses adéquates et proportionnées aux actes hostiles» de la part des forces chinoises.

Des stratèges, analystes, et généraux indiens ont indiqué à l’Agency Press que l’armée chinoise avait ouvert de nouveaux fronts politique, militaire et diplomatique, et retardé le retrait immédiat des troupes pour l’hiver, lorsque les températures dans la région pourraient chuter à moins 50 degrés Celsius.

L’Inde a déclaré unilatéralement le Ladakh territoire fédéral et révoquer l’autonomie constitutionnelle du Cachemire indien ainsi que sa dislocation en 2019, mettant à rude épreuve la relation déjà tendues entre Beijing et New Delhi. La Chine a été l’un des pays qui a fermement condamné cette décision et l’a évoqué dans des instances internationales, y compris le Conseil de sécurité de l’ONU.

Selon certains experts stratégiques indiens et chinois, l’action de l’Inde a exacerbé les tensions existantes avec la Chine, ce qui aurait mené au choc frontalier de juin.

«Nous entrons dans une phase très difficile», a déclaré Pravin Sawhney, analyste de la défense et expert en Chine, ajoutant que «le retrait est essentiel pour éviter la guerre, dont les deux nations ne veulent pas. Mais lorsque la guerre éclate, le Pakistan intervient, tout comme les Cachemiris. Ce sera un conflit sur trois fronts».