Plusieurs centaines de manifestants ont été arrêtés à Hong Kong par la police, le 6 septembre, lors de rassemblements de militants pro-démocratie contre le report des législatives.

Près de 300 personnes ont dénoncé le scrutin qui devait se tenir le 6 septembre, et permettre de renouveler le Conseil législatif (Legco, le Parlement), l’une des rares élections qui permet aux hongkongais de voter.

La cheffe de l’exécutif local, Carrie Lam, avait annoncé le 31 juillet le report d’une année de ces élections, en raison de la pandémie de coronavirus. Cette décision a suscité la colère de l’opposition, qui souhaitait capitaliser dans les urnes le ressentiment anti-gouvernemental.

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Des centaines de policiers anti-émeute ont été déployés dans le quartier de Kowloon, ce dimanche 6 septembre, afin de contrecarrer les appels à manifester lancés sur internet.

Durant l’après-midi, la police a été prise à partie par manifestants qui scandaient « Rendez-moi mon vote! » et « Flics corrompus! ». En parallèle, la police a procédé à de multiples interpellations et des fouilles, et a ordonné à la foule de se disperser.

Dans un communiqué publié sur Facebook, la police a déclaré qu’au moins 289 personnes avaient été arrêtées, la plupart pour participation à un rassemblement illégal. Ces arrestations entrent dans le cadre de la nouvelle loi sur la sécurité nationale, adoptée par la Chine fin juin.

D’ailleurs, une femme accusée d’avoir scandé des slogans en faveur de l’indépendance a été placée en détention, en vertu de cette nouvelle loi, selon la police. De plus, trois figures de proue du mouvement pro-démocratie, Leung Kwok-hung, Figo Chan et Raphael Wong, ont été interpellées, selon des vidéos diffusées en direct.

Arrestation de Tam Tak-chi

Ces manifestations sont intervenues après l’arrestation le 6 septembre dans la matinée d’un militant pro-démocratie par l’unité de police en charge de la sécurité nationale. Tam Tak-chi, un animateur de radio, est accusé d’avoir « tenu des propos séditieux ». Mais la police n’a pas précisé quelle était la nature de ces propos.

L’interpellation de Tam Tak-chi, vice-président du parti radical People Power, et ancien animateur de radio, a été interpellé à son domicile, situé dans le nord-est de Hong Kong par une unité de police en charge de la sécurité nationale.

Il n’a pas été placé en détention, a précisé la police. «L’homme que nous avons arrêté ce matin l’a été pour avoir tenu des propos séditieux en vertu de la section 10 de l’ordonnance sur les infractions pénales», a déclaré le porte-parole de la police, Li Kwai-wah, en faisant référence à un texte, promulgué à Hong Kong.

D’après Li Kwai-wah, l’opposant a été arrêté pour avoir employé des mots «suscitant la haine et le mépris à l’encontre du gouvernement ainsi que le mécontentement de la population» lors de discours prononcés cet été à Hong Kong.

Le porte-parole de la police a indiqué que l’unité en charge de la sécurité nationale a procédé à cette arrestation parce qu’au stade initial de l’enquête, elle le soupçonnait «d’incitation à la sécession», un crime qui figure dans la loi de sécurité nationale.

«Mais après avoir recueilli des preuves et consulté le ministère de la Justice, nous avons décidé qu’il était plus approprié d’utiliser l’ordonnance sur les infractions pénales», a précisé Li Kwai-wah.

« Il n’y aura aucune tolérance »

Le Bureau de liaison de la Chine à Hong Kong a jugé dans la soirée du 6 septembre les manifestants « sans coeur », ajoutant qu’« il n’y aura aucune tolérance envers tout acte qui viole la loi de sécurité nationale ».

Dans un communiqué, le gouvernent de Hong Kong a condamné « les actes illégaux et égoïstes » des manifestants. « La priorité pour Hong Kong actuellement est de s’unir et de combattre ensemble le virus », a affirmé un porte-parole gouvernemental.

Or des rapporteurs spéciaux de l’ONU ont averti que cette loi controversée constituait un risque pour les libertés et le droit de manifester dans l’ancienne colonie britannique.

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Les autorités hongkongaises affirment que cette nouvelle législation n’a pas affecté les libertés d’expression et de réunion, garanties en vertu du principe « Un pays, deux systèmes » établi lors de la rétrocession de Hong Kong, ancienne colonie britannique, à la Chine en 1997. Les militants pour la démocratie dénoncent, eux, un texte liberticide.