Après la rencontre entre le leader nord-coréen Kim Jong-un et le président sud-coréen Moon Jae-in, le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, va se rendre à Pyongyang, peut-être pour y plaider la position de son pays dans les négociations à venir et assurer son influence dans la région.

Wang Yi effectuera cette visite suite à l’invitation de son homologue nord-coréen Ri Yong Ho, a indiqué le ministère chinois dans un bref communiqué. Il s’agira de la première visite d’un ministre chinois des affaires étrangères en Corée du Nord depuis 2007.

La Chine a salué le sommet entre le leader nord-coréen Kim Jong Un et le président sud-coréen Moon Jae-in, louant « leur courage » et qualifiant d’« historique » leur poignée de main sur la ligne de démarcation divisant la péninsule.

La Chine applaudit la rencontre entre Kim Jung-un et Moon Jae-in

La Chine reste le principal allié diplomatique et économique de la Corée du Nord. Bien qu’exaspérée par l’imprévisibilité de Kim Jong-un, elle s’est opposée aux ambitions nucléaires de Pyongyang et a appliqué les sanctions économiques de l’ONU. Toutefois, Beijing a constamment appelé à résoudre la crise autour du nucléaire nord-coréen de façon pacifique « par le dialogue et la négociation ».

Pyongyang a réalisé sa première grande concession le 29 avril, en annonçant la fermeture de son site d’essais nucléaires de Punggye-ri en mai, et a lancé une invitation aux experts et journalistes étrangers à en être témoins.

Quelle place pour la Chine ?

La Chine était l’une des trois parties signataires de l’armistice en 1953, aux côtés des États-Unis et de la Corée du Nord, alors que la Corée du Sud n’était pas signataire.

Interrogé par le South China Morning Post, Zhang Liangui, spécialiste de la Corée à l’Ecole centrale du PCC, a estimé que la politique de Beijing sur la Corée du Nord ces dernières années pourrait l’exclure du processus de paix.

Ce dernier a expliqué que «la position du ministère chinois des Affaires étrangères est que la crise nucléaire nord-coréenne ne fait pas partie de ses affaires et que la Corée du Nord et les Etats-Unis devraient communiquer directement». Or cette position, pourrait au final peser sur l’influence de la Chine dans la région.

Pour Zhang Liangui, «maintenant, les choses échappent au contrôle de la Chine et il n’est pas surprenant qu’elles soient exclues des discussions».

Un haut diplomate en Corée du sud a expliqué au quotidien hongkongais que Pyongyang et Séoul  voulaient réduire l’influence de la Chine sur la péninsule. L’historien Shen Zhihua, a expliqué à Voice of America que l’influence de la Chine pourrait être en train de décliner sur les questions coréennes.

Les Etats-Unis pourraient retrouver leur influence dans la région

Présidents Xi Jinping et Donald Trump : lutte d’influence entre deux super-puissances économiques

D’autant plus que le prochain sommet Trump-Kim pourrait aboutir à un accord où Washington reconnaîtrait la Corée du Nord comme un Etat nucléaire, et en échange Pyongyang abandonne ses missiles à longue portée représentant la plus grande menace pour les États-Unis.

Des doutes persistent sur la tenue du sommet entre Kim Jong-un et Donald Trump, selon Zhang Liangui, Washington pourrait retirer leur proposition de dénucléarisation complète, au profit de l’intérêt dans la région et vis-à-vis de la Chine.

Le nouveau conseiller à la sécurité nationale de Trump, John Bolton, connu pour son approche intransigeante en Corée du Nord, pousse à l’élimination du programme d’armement nucléaire du pays.

Concernant les pourparlers de paix, Lu Chao, directeur du Border Study Institute de l’Académie des sciences sociales du Liaoning, a déclaré que la Chine devrait être incluse dans les négociations étant donné qu’elle était signataire de l’armistice.

Ce dernier a souligné que «d’un point de vue juridique, si un armistice doit devenir un traité de paix, tous les signataires devraient prendre part au processus – ce qui signifie que la Chine devrait également prendre place à la table».

La visite du ministre chinois des affaires étrangers, Wang Yi, les 2 et 3 mai s’attèlera-t-elle a rappelé à la Corée du nord de son soutien indéfectible depuis plus de 50 ans et de sa présence lors de la signature de l’armistice en 1953 ?