L’ouverture demain, dimanche 14 main, du Forum La Ceinture et la Route est l’occasion pour Xi Jinping d’asseoir son influence dans le monde, en-dehors du cadre occidental instauré par les hautes institutions internationales.

L’occasion également de rappeler que la Chine souhaite devenir le nouveau défenseur de la mondialisation et du libre-échange. Ainsi, Xi Jinping devrait réitéré son positionnement de janvier, au Forum économique mondial de Davos. Ce dernier avait alors prôné une mondialisation « plus inclusive », souhaitant faire participer son pays à la mondialisation et au libre-échange.

les Occidentaux boudent le forum

Malgré toute la bonne volonté de Beijing, seuls 29 dirigeants ont répondu à l’invitation sur la centaine de membre, dont les présidents russe, Vladimir Poutine, et turc, Recep Tayyip Erdogan, les Premiers ministres espagnol, grec ou hongrois, et l’Italien Paolo Gentiloni, qui sera le seul chef d’Etat d’un pays du G7. Les dirigeants de l’ONU, de la Banque mondiale et du FMI seront également présents, aux côtés de la centaine de représentants étrangers, y compris de la Corée du Nord.

En Asie, les avis sont mitigés. Coup médiatique et diplomatique, Beijing veut montrer l’importance de son influence dans la région, ce qui ne contentent pas ses voisins asiatiques, dont la Russie, l’Inde. Certains, comme la Thaïlande et les Philippines, craignent la politique régionaliste de Beijing, notamment concernant les conflits territoriaux en mers de Chine.

Conscient des doutes suscités par la montée en puissance de son pays, Xi Jinping a décidé de faire de ce sommet le moment propice pour rassurer ses partenaires. Le gouvernement et les médias assurent qu’il est question de coopération, d’échange et d’unir pour lutter contre les problèmes du monde.

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D’ailleurs, le gouvernement a récemment annoncé que 68 pays représentant 4 milliards de personnes ont déjà accepté de coopérer avec Beijing dans le cadre d’Obor  («One Belt, One Road», raccourci en «Obor»).

Un groupe hétérogène destiné à s’allier à la Chine

Alice Ekman, responsable de la Chine à l’Institut français des relations internationales (Ifri), a expliqué à Libération que cette initiative « regroupe désormais le développement d’infrastructures dans le domaine du transport, de l’énergie, des télécommunications, et la construction de parcs industriels à l’étranger. Mais c’est un projet flexible, évolutif, en expansion à la fois sur le plan territorial et sectoriel. Des initiatives touristiques ou culturelles reçoivent elles aussi le label : c’est illimité ».

Un avis partagé par Jean-François Di Meglio, président du centre d’études d’Asia Centre et participant au forum, mais dans d’autres termes. Ce dernier a indiqué au journal Les Echos que « les routes de la soie forment un grand concept attrape-tout, volontairement flou car évolutif, mélangeant à la fois de grands effets d’annonces, des projets qui commencent à se concrétiser et de la planification à long terme ».

En effet, l’image est importante pour les autorités chinoises, qui apposent le sceau « La Ceinture et la Route » sur des projets anciens, afin de montrer son implication dans certains grands chantiers.

Le but de ce forum est à la fois diplomatique, montrer la puissance de la seconde puissance économique mondiale, et parvenir à relancer sa croissance économique, plombée par des surcapacités industriel, une dette publique et privée colossale et une fuite des capitaux.

Objectifs économiques et diplomatiques

Michel Foucher, géographe, ancien ambassadeur et directeur du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du ministère des Affaires étrangères (CAPS), a expliqué au magazine « Sciences et Avenirs » que « le pays veut réduire les distances – et donc le temps – sur le continent eurasiatique en faisant circuler des trains entre le marché chinois et européen ».

L’objectif  est de relancer l’économie du pays en offrant des débouchés aux entreprises d’état, résorber ses surcapacités, et exporter son savoir-faire. Mais, le forum, qui s’ouvre dimanche, annonce surtout une « nouvelle ère des relations internationales », dominée par la Chine, qui est devenue l’un des symboles du multilatéralisme, en contradiction avec le repli imposé par le président américain, Donald Trump.

La nouvelle politique étrangère américaine a laissé un vaste boulevard à Beijing. En effet, Xi Jinping se positionne comme le leader d’une certaine forme de globalisation, en dépit des difficultés du pays à ouvrir son marché aux entreprises étrangères.

« Nous espérons que la Chine appliquera chez elle ce qu’elle prêche sur la scène internationale », déclarait mardi l’ambassadeur de l’UE à Pékin, Hans Dietmar Schweisgut.

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