De nouveaux heurts ont éclaté le 18 mai au sein du parlement hongkongais, et plusieurs figures de l’opposition ont été inculpées pour leur rôle dans les manifestations de 2019. Il apparaît clair que la crise politique, qui est présente depuis de nombreux mois, est loin d’être réglée à Hong Kong.

La région administrative spéciale du Sud de la Chine a connu quatre mois de calme relatif cette année, en raison d’arrestations massives dans les rangs des pro-démocratie, et surtout des restrictions ordonnées pour lutter contre le coronavirus. Mais les tensions sont loin d’avoir disparu dans une ville profondément divisée sur le rôle de Pékin.

Le 18 mai, 15 personnalités du mouvement pro-démocratie, qui avaient été arrêtées le mois dernier, ont comparu pour leur implication dans les manifestations de 2019.

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Parmi eux le magnat des médias Jimmy Lai, 72 ans, et Martin Lee, 81 ans, un des hommes qui dans les années 1980 avait participé à la rédaction de la « Loi fondamentale », la mini-constitution hongkongaise.

Tous étaient des modérés, d’anciens parlementaires comme Margaret Ng, Albert Ho, Leung Kwok-hung ou Au Nok-hin, mais aussi Leung Yiu-chung, actuellement député au Conseil législatif (LegCo), le parlement local.

Ils ont été inculpés pour avoir organisé et participé à des rassemblements illégaux en 2019. Cinq sont poursuivis en outre pour « incitation », délit passible de cinq ans de détention. Les 15 ont été libérés sous caution.

Lorsque le tribunal a demandé s’il comprenait les accusations dont il fait l’objet, l’activiste Raphael Wong a répondu : « Je comprends que ce sont des poursuites politiques. »

Leur arrestation avait été critiquée par Londres, l’Union européenne et le Haut commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme qui a notamment estimé que les militants non violents ne devaient pas être poursuivis pour leur participation à des manifestations non autorisées.

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Le gouvernement local estime qu’il ne s’agit là que de l’application de la loi. Hong Kong a connu de juin à décembre 2019 sa pire crise politique depuis sa rétrocession par Londres à la Chine en 1997. En effet, des manifestations et actions quasi quotidiennes ont eu sur le territoire dans le but de dénoncer les ingérences de la Chine dans les affaires de sa région semi-autonome.

Le 18 mai, le LegCo était en plein chaos pour la seconde fois depuis le début du mois. Des débats houleux ont eu lieu sur le projet de loi visant à criminaliser le fait d’insulter l’hymne chinois.

Les tensions se sont encore cristallisées autour de la Commission de la chambre, dont le rôle est de passer en revue les projets de loi avant qu’ils ne soient examinés. Cette commission n’a plus de président depuis octobre 2019, ce qui fait qu’aucun projet de loi n’a pu être voté depuis lors.

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Les élus « pro-démocratie » (opposition) ont multiplié les actes d’obstruction et manœuvres dilatoires pour empêcher la désignation d’un successeur. Cependant, les pro-Pékin ont placé à la présidence leur propre candidat, en mettant en avant des analyses de juristes justifiant ce passage en force. Une stratégie fortement rejetée par l’opposition qui, en produisant ses propres analyses juridiques, dénonçait un acte illégal.

L’enceinte a été le théâtre de scènes chaotiques, un élu pro-démocratie a jeté les pages arrachées du règlement de l’assemblée. « Si Hong Kong était une véritable démocratie, il n’y aurait pas ce genre d’échauffourées au Parlement », a déploré le député pro-démocratie Eddie Chu à l’issue de violences physiques dans l’enceinte du Parlement.

Des agents de sécurité portant masques chirurgicaux et gants de protection se sont mit à cinq pour porter en dehors de l’hémicycle les élus d’opposition les plus véhéments. Ce spectacle illustre de nouveau la crise politique profonde à Hong Kong.

Le territoire est censé posséder jusqu’en 2047 des libertés inconnues dans le reste de la Chine, en vertu du principe « Un pays, deux systèmes » qui avait présidé à sa rétrocession par Londres à Pékin en 1997.

Or depuis plusieurs années, l’opposition dénonce les ingérences de Beijing dans les affaires de sa région semi-autonome, avec l’aide et le soutien d’un exécutif local qui est nommé, et non élu, et d’un LegCo qui n’est que partiellement élu au suffrage universel.

C’est déjà un projet de loi controversé, celui sur les extraditions vers la Chine, qui avait mis le feu aux poudres en juin 2019.

De son côté, la Chine s’est montrée inflexible face aux aspirations démocratiques des Hongkongais, en présentant la contestation de 2019 comme un complot étranger visant à déstabiliser le pouvoir central.