Lors d’entretiens accordés à l’agence de presse Xinhua et à Radio France Internationale, le président du think-tank français Asia Centre, Jean-François Di Meglio, a estimé que le président américain Donald Trump « ne peut se permettre de ne pas avoir d’accord avec la Chine« .

« Les deux économies sont trop interdépendantes« , raison pour laquelle, «le scénario d’une guerre commerciale totale, avec une remontée des prix et des tarifs douaniers et une baisse du commerce international, je n’y crois pas ».

Jean-François Di Meglio a expliqué sur Radio France International que «tant qu’on n’est pas le 22 mai, c’est-à-dire la veille du jour où les différentes sanctions, la remontée des différents tarifs se met en place, il est évident que l’on va tester l’adversaire. On va voir à quel moment il va effectivement ‘baisser les yeux’ et à quel moment on va pouvoir s’engouffrer dans une brèche. On est dans une logique qui est très proche de la dissuasion nucléaire. A chaque fois, on dit : ‘attention, je vais appuyer sur le bouton’. Sachant que si on fait le parallèle, la dissuasion nucléaire a toujours permis d’éviter la guerre nucléaire». 

Les Etats-Unis ont proposé une nouvelle liste de marchandises chinoises pouvant être taxé à hauteur de 25%, en réponse à la liste de produits américains représentant 50 milliards de dollars (41 mds €) qui seraient soumis à une hausse des tarifs douaniers. A cela, Donald Trump a brandit la menace d’imposer 100 milliards de dollars (82 milliards €) de droits de douanes supplémentaires à la Chine.

Pour le président de Asia Centre, les mesures tarifaires annoncées par Donald Trump contre la Chine répondent à la fois à un objectif de politique intérieure et à une volonté de « remettre en perspective les grands principes du commerce international ».

« Le président américain est très clivant, il travaille beaucoup sur les ruptures. Ce qui l’intéresse, c’est de conserver son électorat et pour cela, lui faire plaisir. D’autant que des élections très importantes pour le Sénat sont en ligne de mire. Il fait donc ce qu’il a promis à ses électeurs, c’est-à-dire, pour caricaturer : faire la guerre commerciale à la Chine », a-t-il expliqué à Xinhua.

D’autant plus que Donald Trump «s’est affaibli, d’une certaine façon il n’avait pas le choix, parce que son électorat est un électorat rural, entre autres. Si cet électorat est pénalisé par le refus d’importer du soja américain en Chine, Donald Trump perd des voix. Donc il a été obligé de baisser le ton».

« A cette dimension intérieure s’ajoute un deuxième objectif économique et de gouvernance mondiale, à savoir remettre en perspective les grands principes du commerce international« , a-t-il poursuivi.

Selon Jean-François Di Meglio, les Etats-Unis ont une autre intention stratégique, ne pas perdre leur avantage technologique. «Je pense qu’il souhaite que la Chine change de sources d’importation d’énergie. Il veut aussi que les entreprises américaines rapatrient leurs centres de production vers les Etats-Unis, afin de redessiner les contours des échanges commerciaux», a souligné ce dernier.

« Impossible » de négocier avec Washington pour la Chine