Beijing a déclenché le 2 avril des mesures punitives contre 128 produits américains, incluant le porc et des fruits, en réponse à l’annonce par Donald Trump de droits de douane sur l’acier et l’aluminium importés aux Etats-Unis.

Ces mesures font suite à plusieurs semaines de tensions alimentant la crainte d’une guerre commerciale ouverte entre les deux principales puissances économiques internationales.

Une tension crescendo

L’administration Trump a décidé début mars l’imposition de droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium au nom de la « sécurité nationale« . Un argument jugé le 2 avril par le ministère chinois du commerce comme « un abus » des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Les mesures américaines « sont dirigées uniquement contre quelques pays. Elles contreviennent gravement au principe de non-discrimination, qui constitue le fondement du système commercial multilatéral. Elles portent gravement atteinte aux intérêts chinois« , a dénoncé le ministère dans un communiqué publié sur son site internet.

Les nouvelles taxes chinoises, imposées par le comité du tarif douanier du conseil des affaires d’état (gouvernement), portent sur des produits divers allant des fruits à la viande de porc.

Le comité a donc décidé d’imposer un droit de douane de 15% sur 120 sortes de produits importés des Etats-Unis, y compris des fruits et des produits liés, et un tarif de 25% sur huit sortes d’importations, incluant le porc et des produits liés de ce pays.

Les Etats-Unis avaient annoncé début mars l’imposition de taxes de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celle d’aluminium de plusieurs pays. Devant le tollé international, de nombreux pays, dont ceux de l’Union européenne, ont été exemptés de cette nouvelle mesure, du moins pour un temps, mais pas la Chine.

Rapport de force sino-américain

« Nous espérons que les Etats-Unis abandonnent au plus vite leurs mesures enfreignant les règles de l’OMC, afin de permettre la reprise normale du commerce sino-américain pour les produits concernés« , a indiqué le ministère chinois du commerce.

Donald Trump vs Xi Jinping

«La coopération entre la Chine et les Etats-Unis, les deux plus grandes économies mondiales, est la seule option possible», a indiqué le ministère. D’ailleurs Gao Feng, porte-parole du ministère a exhorté les Etats-Unis à «abandonner l’unilatéralisme et le protectionnisme et à adopter la voie du dialogue et des consultations pour traiter les désaccords».

Or Donald Trump utilise régulièrement le déficit commercial américain avec la Chine, de 375,2 milliards de dollars (307,5 milliards d’euros) en 2017, comme stratégie pour peser sur l’Empire du milieu. Il avait annoncé le 22 mars que les Etats-Unis imposeraient de nouvelles taxes sur quelque 60 milliards de dollars (49,2 milliards d’euros) d’importations chinoises.

Le lendemain, Beijing avait répliqué en dévoilant une liste de 128 produits sur lesquels des droits des douanes de 15% à 25% allaient être instaurés en cas d’échec des négociations avec Washington.

La Chine avait ensuite demandé à Washington de cesser ce qu’elle a qualifié « d’intimidation économique« , et menacé de mesures de rétorsion. Cependant, experts et observateurs affirment que la Chine a prit des gains, en ne taxant pas les produits agricoles majeurs, comme le soja, ou contre des compagnies industrielles importantes telles que le géant Boeing, qui pourraient être ciblées prochainement.

La crainte d’une guerre commerciale s’agite

Le Global Times, quotidien conservateur proche du pouvoir a indiqué la semaine dernière que le gouvernement « a presque achevé sa liste de taxes de rétorsion sur les produits américains et va la rendre publique prochainement ». Cette «liste portera sur des importations majeures chinoises en provenance des Etats-Unis», selon le journal.

Cette décision « va porter un coup sérieux à Washington qui agite d’une manière agressive le bâton de la guerre commerciale et les Etats-Unis vont payer le prix de leur politique commerciale radicale envers la Chine« , a estimé le Global Times.

En dépit de cette rhétorique, le ministre américain du Commerce, Wilbur Ross, a fait valoir que les nouvelles sanctions américaines sont avant tout un « prélude à une série de négociations ». Mais le Global Times, sans dévoiler ses sources, estime que les Etats-Unis ont émis « certaines demandes déraisonnables » visant à forcer la Chine à accepter un compromis.

De son côté, Peter Navarro, conseiller de Donald Trump sur les questions commerciales, a déclaré sur CNBC: « Je ne crois pas que cela va être action-représailles, action-représailles. Ce n’est pas de cela dont il devrait s’agir, cela ne fait que conduire à des spirales d’escalade. »

Ce dernier a ajouté que le président américain Donald Trump était déterminé à agir pour que les Etats-Unis et la Chine se retrouvent sur un pied d’égalité en matière commerciale.

Chine vs Etats-Unis : la guerre commerciale a commencé