De notre stagiaire Florian Roddier – Dans un contexte de relance économique mondiale, la Chine, qui semble avoir circonscris l’épidémie de la COVID-19, doit maintenant faire face à un nouveau défi à court et moyen-terme. Le vieillissement de la population chinoise est en effet un sujet qui inquiète aussi bien le gouvernement chinois que la population elle-même.

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D’autant que ce vieillissement de la population engendre une pression de plus en plus croissante sur le régime de retraite chinois basé sur une gestion en répartition, c’est-à-dire que les ressources collectées sur une année donnée (cotisations) sont immédiatement utilisées pour payer les pensions.

A la différence d’une gestion par capitalisation, qui entraîne une accumulation de capital à titre individuel, le régime de retraite chinois voit l’actif cotiser pour les retraités de la même année.

Or le constat est sans appel, la population en âge de travailler diminue depuis 2012, à hauteur de 3 millions d’individus par an selon la chronique sociale de l’ambassade de France en Chine publiée au printemps 2021.

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Cette situation entraine inévitablement une diminution du montant total des cotisations. Le 10 mars 2015, le ministre des ressources humaines et de la sécurité sociale chinois, Yin Weimin, prévoyait d’ici 2050 le passage du ratio du nombre d’actifs pour financer une retraite de 3 à 1,3.

La pression sur le système de retraite chinois fait pression à plusieurs niveaux, à tel point qu’il est urgent pour le gouvernement chinois d’éviter qu’à long-terme un individu n’est à cotiser pour ses parents et ses grands-parents à la fois.

Le gouvernement chinois s’est donc récemment saisit du sujet, en mettant l’accent sur la réforme de l’âge légal de départ à la retraite. Ce-dernier est actuellement de 60 ans pour les hommes, de 50 ans pour les femmes travaillant à l’usine et de 55 ans pour les femmes employées et cadres. Or l’âge légal de départ à la retraite n’a fait l’objet d’aucune réforme depuis 1949.

Dans ce contexte, il a été décidé par le gouvernement chinois, selon l’agence de presse Xinhua le 5 mars 2021, que l’âge statutaire de départ à la retraite en Chine soit élevé de manière échelonnée, c’est-à-dire retardé de quelques mois chaque année en s’appliquant classe d’âge après classe d’âge.

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Cette réforme s’inscrit dans le 14ème Plan quinquennal (2021-2025) mené par le gouvernement chinois, mais aussi à plus long terme, dans la poursuite d’objectifs à réaliser d’ici 2035. Cette dernière échéance n’est d’ailleurs pas anodine, car comme a pu le souligner l’Académie des Sciences sociales de Chine dans un rapport publié en 2019, sans réforme majeur, les fonds alloués aux retraites pourraient être épuisés d’ici 2035.

En 2007, Pierre Concialdi, chercheur français à l’Institut de recherche économiques et sociales, soulignait déjà dans son article «Les retraites en Chine : organisations et défis futurs» que «comme dans bien d’autres pays, ce système est en transformation, une transformation qui accompagne, dans une large mesure, les mutations du système économique et de la société».

En effet, deux problèmes majeurs sont à l’origine des difficultés que risquent de rencontrer dans un futur proche le système de retraite chinois. La première cause de cette mise sous tension est le recul de l’espérance de vie à 77, 3 ans en 2019, selon la commission nationale de la santé, en raison d’une croissance économique exponentielle pendant trois décennies; et une amélioration du système de soins à l’égard de la population civile.

Comme le relatait l’agence de presse Xinhua, à la suite d’une conférence de presse sur les affaires civiles, le 23 février 2021, la Chine comptait 38 000 maisons de retraite à la fin de l’année 2020, soit une hausse de plus de 37% par rapport à la fin de l’année 2015. La proportion de la population chinoise âgée de 60 ans ou plus était de 18,1 % à la fin 2019, contre 17,9% fin 2018.

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Le second problème est l’impact générationnel causé par la politique de l’enfant unique. Elle a en effet eu pour conséquence l’apparition d’un déséquilibre démographique, les plus âgés étant de plus en plus nombreux alors que la population totale commence elle à diminuer.

Même si cette politique nataliste est définitivement abrogée depuis 2016 avec la mise en place d’une politique universelle de deux enfants, il reste que le nombre de naissances n’est pas à la hausse en Chine. Ainsi, 17,86 millions d’enfants sont nés en 2016 contre 15,23 millions en 2018. S’ajoute à cela le fait que les nouvelles générations rentrent sur le marché du travail de plus en plus tardivement, ce qui entraine une diminution du temps de cotisations des actifs.

D’ailleurs, Pierre Concialdi envisageait déjà en 2007 trois leviers d’actions pour résoudre à long terme ce problème endémique : «la hausse des cotisations, la baisse des prestations ou le relèvement de l’âge de la retraite». C’est cette dernière option qui semble avoir séduit l’actuel président de la République populaire de Chine, Xi Jinping. Cependant celle-ci est source de tensions.

Dans un premier temps, dans les rangs de la population chinoise, ce potentiel recul de l’âge de départ à la retraite est source de discordes. Discorde entre hommes et femmes, mais aussi entre classes socio-professionnelles.

De nombreux médias chinois se sont récemment fait l’écho de tensions à ce sujet. Certaines femmes chinoises contestent en effet leur âge de départ à la retraite, en multipliant les actions en justice contre leurs employeurs, comme s’en est fait l’écho Le Courrier International, le 4 juillet 2021, en reprenant les arguments du quotidien économique britannique, le Financial Times.

Il est par exemple mis en avant l’opposition entre «cols blancs» et «cols bleus», les femmes qui occupent des emplois précaires revendiquent elles leurs droits de profiter des avantages de la retraite à 50 ans, alors qu’une majorité de femmes cadres ou employées souhaitent elles partir à la retraite plus tard.

Dans un second temps, entre les groupes d’experts eux-mêmes, les divergences sont palpables sur la forme à donner à la refonte du système de retraite chinois. Une «retraite à la carte» comme dans les pays d’Europe du Nord mettant en avant le libre choix individuel est plus à même de séduire une large part de la population chinoise.

Contrairement à des réformes fessant de cet âge statutaire un sujet de négociation entre salarié et employé ou de divergences en fonction de critères socio-professionnels. Le modèle de «retraite à la carte» pourrait d’ailleurs être plus intéressant pour les «cols blancs», afin que leur ascension sociale puisse se poursuivre au-delà de l’actuel âge légal de départ à la retraite.

Enfin, dans un troisième, au sein même des plus hautes instances du gouvernement chinois, cette réforme est source de préoccupation. Déjà en 2008, sous la présidence de Hu Jintao, un projet gouvernemental visant à relever l’âge de départ à la retraite avait été avorté.

En 2013, un projet semblable avait lui aussi provoqué une forte opposition dans la population. Néanmoins, il semble que le gouvernement chinois n’est plus de temps à perdre. Déjà, nombre de chinois, majoritairement en milieu rural, doivent s’en remettre à la piété filiale, le soutien des enfants servant de complément aux versements étatiques.

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A terme, cette attente risque d’être de plus en plus importante si les bouleversements structurels que connaît à l’heure actuelle la Chine ne sont pas résolus. Finalement, il semble intéressant de souligner, qu’au regard de ce nouveau défi auquel doit faire face la Chine, les chinois semblent plus attachés à leurs traditions qu’à un modèle économique en particulier.

En effet, au-delà de simples considérations économiques, ce projet de réforme de l’âge de départ à la retraite en Chine illustre la réussite économique de certaines classes sociales, mais aussi plus largement la compétition entre le devenir économique et industriel de la Chine. Jusqu’à présent considérée comme l’«Usine du monde», la Chine entend apporter une forte valeur ajoutée en matière de développement industriel à son pays.

L’âge de départ à la retraite dans la première phase de développement économique de cette Chine était cohérent, or aujourd’hui, du fait de changements structurels internes et externes, il semble inévitable que ce système doive se réinventer.

Néanmoins, chaque pays doit prendre en compte les caractéristiques socio-économiques de sa population, rendant de ce fait tout emprunt d’un modèle de retraite déjà en place dans un pays, impossible dans un autre pays.

Au-delà d’une réforme de l’âge de départ à la retraite, le 20 avril dans le cadre du Forum de Boao pour l’Asie, le nouveau sous-gouverneur de la banque populaire de Chine, M. Li Bo, est lui allait plus loin en défendant l’instauration d’un régime de retraite par capitalisation. Le chemin des réformes est encore long, mais les changements en profondeur sont eux inévitables.