Considéré comme l’Uber chinois, Didi a décidé d’interrompre son expansion internationale face à l’inquiétude des autorités européennes sur le traitement des données personnelles de ses utilisateurs.

La plus grande application de covoiturage chinoise a décidé de mettre un frein à son essor au Royaume-Uni et en Europe pour une durée de 12 mois minimum. En raison, des inquiétudes sur la façon dont Didi traite les données de ses passagers.

Didi Chuxing est issue de la fusion en 2015 de deux applications chinoises de transports, Didi Dache et Kuaidi Dache. Elles étaient toutes les deux soutenues par deux géants du Web chinois : Tencent et Alibaba. En 2017, l’application a levé plus de 5 milliards de dollars, devenant ainsi la start-up la mieux valorisée d’Asie.

DIDI AVAIT COMME OBJECTIF DE CONCURRENCER SON RIVAL, UBER, EN EUROPE

En février 2021, Didi planifiait son déploiement dans plusieurs pays européens dont la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne au cours du premier semestre de 2021, selon le site Bloomberg.  Ainsi, la principale application chinoise de réservation de véhicules avec chauffeurs avait déjà mis en place une équipe dédiée à ce nouveau marché et commençait à recruter dans les pays concernés.

Outre le secteur du VTC n’est pas le seul convoité par Didi Chuxing qui envisage également de proposer des offres de livraison de repas à domicile et de courses, avait précisé Bloomberg.

Ce n’est pas la première fois que Didi Chuxing tente d’intégrer le marché européen. En 2017, la firme chinoise avait dévoilé «un partenariat stratégique» avec l’estonien Taxify. Didi «va investir dans Taxify pour soutenir sa croissance et ses innovations à travers la diversité de ses marchés», assurait un communiqué à propos de ce premier rapprochement avec un acteur européen.

Depuis, Didi a élargi ses activités et est désormais présente dans 13 pays, représentant un concurrent de taille pour Uber. En s’installant en Europe, Didi Chuxing a dû s’adapter à un droit du travail plus encadré pour les salariés de ces entreprises.

Ainsi, depuis le 19 février, au Royaume-Uni, les chauffeurs Uber doivent ainsi être considérés comme des «travailleurs» salariés, remettant en cause le modèle économique du groupe, basé sur ses conducteurs des indépendants. Ailleurs en Europe, les États encadrent davantage les plateformes de VTC, notamment sur la protection des données et les taxes qui leur sont imposées.

Ainsi, selon les informations du Telegraph, Didi avait déjà obtenu des licences pour opérer dans certaines villes du Royaume-Uni. «Nous avons établi un centre international de talents au Royaume-Uni, reconnaissant la qualité exceptionnelle des personnes sur le marché», avait indiqué en début d’année un porte-parole de Didi.

Or, plus aucune offre d’emploi n’est proposée par Didi et des suppressions de postes sont attendues le mois prochain en Europe. Ce mouvement de recul proviendrait, en partie, de l’évolution de la réglementation de la Chine.

NOUVELLE RÉGLEMENTATION EN CHINE

La Chine a adopté une nouvelle loi sur la protection des données personnelles (PIPL), qui réduit la capacité des entreprises chinoises, dont Didi, à collecter des informations sur leurs clients.

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De leur côté, certains députés britanniques craignent que des données personnelles de citoyens britanniques soient transférées directement en Chine, et qu’elles puissent être accessibles au gouvernement. Le possible transfert de données de entreprises chinoises, dont Didi et Huawei, suscite de l’inquiétude côté européen.

Depuis l’introduction de Didi à la Bourse de New York en juin dernier, la firme est devenue la cible des autorités chinoises.

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La Chine a ainsi introduit une nouvelle réglementation, plus strictes, en matière de sécurité des données pour les entreprises du transport routier. Les constructeurs automobiles, les fournisseurs de composants et les prestataires de services d’entretien seront soumis à ces nouvelles règles.

Parmi elles, un classement des données sera établi. Les informations géographiques ou les détails relatifs au trafic dans des zones sensibles ou militaires en Chine constitueront des éléments importants. Le gouvernement tient à également protéger ses données d’État et celles de ses citoyens.

Si une entreprise automobile compte plus de 100.000 utilisateurs, les données personnelles seront considérées comme essentielles. Le nouveau règlement atteste qu’elles doivent être traitées avant d’être transférées à l’étranger.

Dans un tel contexte, de nombreux experts se demandent qu’elle est la quantité de données détenue par Didi et si la cotation de la société à la Bourse de New York est susceptible d’exposer ou de divulguer des informations pouvant nuire à la sécurité nationale de la Chine.