Les sénateurs ont voté contre une motion demandant au gouvernement de reconnaître qu’un génocide est actuellement en cours contre les Ouïghours et d’autres musulmans turcs.

Le gouvernement canadien a dit prendre «très au sérieux les allégations de génocide» de la minorité musulmane des Ouïghours au Xinjiang, en Chine, mais n’est pas encore prêt à le reconnaître officiellement, a indiqué le premier ministre Justin Trudeau.

La motion demandait l’approbation du Sénat pour exiger que le Comité international olympique retire les Jeux olympiques d’hiver de 2022 de la Chine si son gouvernement «continue ce génocide». Cette motion présentée par le sénateur Leo Housakos a été voté le 29 juin à 29 pour, 33 contre et 13 abstentions.

Impatience de la part des élus canadiens

Le Groupe sino-canadien (Concern Group of Chinese Canadians) concerné par les violations des droits de l’homme du Parti communiste chinois, a déclaré que le vote démontrait que le Sénat est «un organe qui ignore délibérément les faits flagrants et est complètement déconnecté des préoccupations et des souhaits de la majorité canadienne».

Le Groupe a indiqué dans un communiqué de presse que le vote «est symptomatique de l’infiltration et de l’influence du gouvernement chinois dans la politique canadienne», sans pour autant en apporter les preuves.

De son côté, l’élu albertain Garnett Genuis, a déclaré à la Chambre des communes que «des enquêtes indépendantes ont déjà été menées. Elles sont fondées sur des témoignages de survivants, des images satellites et des fuites de données du gouvernement chinois. Les preuves sont claires […], le gouvernement devrait les croire». «Pourquoi le premier ministre est-il toujours assis sur la clôture et refuse-t-il de répondre aux questions et de reconnaître ce génocide ?», a-t-il lancé.

Pour le premier ministre Justin Trudeau a assuré qu’Ottawa prenait «les allégations de génocide extrêmement au sérieux», raison pour laquelle «nous suivons les bons processus pour établir notre point de vue et notre position officielle à ce sujet».

Le gouvernement canadien s’est allié aux États-Unis et d’autres partenaires dont l’Australie et le Royaume-Uni dans l’objectif «d’aller de l’avant de manière concertée», a indiqué Justin Trudeau.

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Pour le sénateur Leo Housakos, «le peuple du Xinjiang et le peuple ouïghour ont besoin de solidarité, comme nos alliés du monde entier ont exprimé cette solidarité – le Sénat des États-Unis, la Chambre des communes du Royaume-Uni, le Parlement australien – et nous devrions emboîter le pas en tant que démocratie forte et de défendre cette solidarité».

Ce dernier a déclaré lors des débats que «l’État autoritaire de Chine commet ces atrocités, ces crimes contre l’humanité, en toute impunité. Ils sont arrogants dans leur mépris flagrant de la vie humaine et des droits de l’homme, et nous ne devons pas permettre qu’ils ne soient pas contrôlés et sans nom pour ce qu’ils sont».

En octobre 2020, le sous-comité des droits internationaux de la personne de la Chambre des communes avait annoncé l’existence d’un génocide. «À la lumière des témoignages qu’il a recueillis au cours de ses audiences, en 2018 et en 2020, le sous-comité est persuadé que les gestes du Parti communiste chinois constituent un génocide aux termes de la Convention sur le génocide», avaient écrit les rapporteurs.

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Un vote contre

Durant le débat sur la motion, le chef du groupe des sénateurs indépendants, Yuen Pau Woo, a déclaré que le Canada devrait éviter de critiquer la Chine pour son traitement des musulmans ouïghours, car le Canada avait lui-même maltraité les peuples autochtones.

Reprenant un argument avancé par des responsables chinois aux Nations Unies, Yuen Pau Woo a déclaré que la politique de la Chine envers la minorité musulmane de la province du Xinjiang est similaire au colonialisme dirigé contre les peuples autochtones de ce pays, et que condamner Beijing en termes durs serait hypocrite et «simplement un exercice d’étiquetage».

De son côté, le sénateur Peter Boehm, président de la Commission sénatoriale des affaires étrangères, s’est également opposé à la motion, mais pour d’autres raisons.

Ce dernier a indiqué que le vote de la Chambre pour qualifier le traitement de la Chine de sa population ouïghoure de génocide n’avait «aucun impact perceptible». Il s’est dit convaincu que les actions de politique étrangère relevaient du gouvernement c’est-à-dire du Premier ministre et de son cabinet.

«La complexité d’une relation bilatérale tendue, comme c’est le cas entre la Chine et le Canada aujourd’hui, ne peut se résumer en quelques paragraphes de ce qui passe pour une diplomatie parlementaire mégaphone en copiant une motion», comme celle de la Chambre.

En effet, en dépit du vote de cette motion Londres, il n’y a eu «aucun impact perceptible», si ce n’est déclenché «une réaction de colère du gouvernement chinois, ce que l’adoption de cette motion fera probablement aussi bien », a déclaré Peter Boehm.

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La Chambre des communes a voté en février une motion similaire à celle du Sénat accusant la Chine de perpétrer un génocide contre les Ouïghours et d’autres musulmans turcs dans la région autonome de Chine, le Xinjiang.

La Chine dénonce un mensonge

Wang Wenbin, porte parole de la diplomatie chinoise

Pour Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, a expliqué que le «soi-disant génocide au Xinjiang est purement et simplement un mensonge qui va à l’encontre des faits et des connaissances générales, et son véritable objectif est de saper la stabilité sociale du Xinjiang et de contenir le développement de la Chine».

Le Sénat canadien a rejeté «une motion erronée sur le Xinjiang, ce qui démontre une fois de plus que les desseins méprisables d’une poignée de forces antichinoises sont désormais connus par un nombre croissant de personnalités clairvoyantes et que le battage médiatique autour du génocide au Xinjiang est impopulaire et est voué à l’échec».

Selon lui, «le Xinjiang jouit d’une stabilité sociale et d’un développement économique, les différents groupes ethniques y vivent et travaillent en paix et bénéficient des droits et de la dignité sans précédent. C’est un fait que personne ne peut nier. Nous invitons davantage de personnalités de divers pays à visiter le Xinjiang. Il faut le voir pour le croire, et les rumeurs ne tiendront plus devant les faits!».

Wang Wenbin a indiqué que la Chine est inébranlable dans sa détermination de défendre sa souveraineté, sa sécurité et ses intérêts de développement, et de préserver le développement, la stabilité et l’unité ethnique au Xinjiang.

«Nous recommandons à certains politiciens canadiens de respecter les faits, de cesser leurs jeux maladroits visant à obtenir des intérêts égoïstes politiques par attaquer et diffamer la Chine, et de cesser de s’ingérer dans les affaires intérieures de la Chine sous prétexte de droits de l’homme», a souligné le porte-parole lors d’un point presse hebdomadaires.

Ce dernier a dit espérer que «les différents secteurs de la société du Canada pourront appréhender de manière objective et juste les politiques du gouvernement chinois en matière de gouvernance du Xinjiang ainsi que le développement et le progrès du Xinjiang, sans se laisser aveugler par des mensonges et des rumeurs».