Le yuan s’est enfoncé à 7 pour un dollar pour la première fois depuis la crise financière de 2008. Selon certains experts, le gouvernement pourrait tolérer voire souhaiter une plus grande faiblesse de sa devise face à l’escalade des tensions commerciales avec les Etats-Unis.

Le décrochage de 1,4% du yuan fait suite à la décision surprise du président Donald Trump, d’imposer à compter du 1er septembre des droits de douane de 10% sur 300 milliards de dollars (270 milliards d’euros) d’importations chinoises jusqu’ici épargnées.

A lire aussi : Donald Trump impose de nouvelles taxes à la Chine

Cette annonce a mis fin à la trêve trouvée par les deux pays, fin juin. La Banque populaire de Chine a fixé avant le début des échanges un taux pivot de la devise à 6,9225 pour un dollar, soit son plus bas niveau depuis décembre 2018.

« Le fixing a levé le dernier obstacle. La BPC a pleinement donné le feu vert à la dépréciation du yuan« , a expliqué à l’agence de presse Reuters, Ken Cheung, stratège changes chez Mizuho Bank à Hong Kong.

Après avoir débuté la séance onshore à 6,9999 RMB (renminbi) pour un dollar, le yuan a rapidement cassé la barre de 7,0 et s’inscrivait le 5 août vers 05h00 GMT à 7,0300 yuans, en baisse de 1,25%, après avoir perdu jusqu’à 1,4%.

Le seuil des 7,00 RMB pour un dollar n’avait plus été enfoncé depuis le 9 mai 2008. Auparavant, la BPC n’avait pas contenu le niveau du yuan, afin de ne pas faire dérailler les négociations commerciales avec les Etats-Unis, a estimé Julian Evans-Pritchard, économiste pour la Chine chez Capital Economics.

« Le fait qu’ils aient cessé de défendre le seuil de 7,00 pour un dollar montre qu’ils ont pour ainsi dire abandonné tout espoir d’un accord commercial avec les Etats-Unis », a ajouté ce dernier.

Dans un communiqué publiée le 5 août, la banque centrale a établit un lien entre la faiblesse de la devise et les retombées de la guerre commerciale. Mais elle explique que les fluctuations du yuan dans les deux sens sont normales, assurant ne pas avoir de raison de modifier sa politique.

« Sous l’influence de facteurs comme l’unilatéralisme, les mesures commerciales protectionnistes et l’anticipation de tarifs douaniers contre la Chine, le yuan s’est déprécié face au dollar aujourd’hui, franchissant le seuil de sept yuans pour un dollar« , a déclaré la BPC.

La faiblesse de la devise n’est pas limitée au marché onshore, contrôlé par les autorités. Le yuan offshore a aussi cédé du terrain, arrivant à un plus bas record de 7,1094 pour un dollar avant de revenir à 7,0840 vers 5h00 GMT.

En pleine guerre commerciale, les investisseurs se demandent si la Chine ne va pas laisser filer plus encore sa monnaie pour défendre ses exportateurs. « Avec de nouveaux tarifs douaniers à venir, la BPC va probablement appuyer sur la détente pour soutenir la croissance », a expliqué Frances Cheung, responsable de la stratégie macro pour l’Asie chez Westpac à Reuters.

Les autorités avaient jusqu’ici freiné la dépréciation du yuan pour prévenir des fuites de capitaux.

En 2015, la Chine avait ébranlé les marchés financiers en dévaluant le yuan de 2% en réponse au ralentissement de son économie. Elle avait alors puisé plus de 1.000 milliards de dollars dans ses réserves pour stabiliser sa devise. Le franchissement de la barre des 7 RMB pour 1 USD pourrait encore durcir le conflit entre Washington et Beijing.

Le président américaine « Donald Trump accuse depuis longtemps la Chine de manipuler sa devise pour en tirer un avantage commercial et le lien qu’a établi lundi la BPC entre la baisse du yuan et l’annonce de nouveaux droits de douane a toutes les chances de déclencher de nouveaux accès de colère du président américain », a expliqué Julian Evans-Pritchard.

Zhang Yi, chef économiste chez Zhonghai Shengrong Capital Management à Pékin, a indiqué à l’AFP que « le yuan s’installer durablement à plus de sept pour un dollar. A court terme, le niveau du yuan dépendra pour une large part de l’économie chinoise. Si la croissance économique se stabilise, le yuan pourrait rester autour de 7,2 ou 7,3 ».