Depuis le début de crise de la dette souveraine, la Chine a fait part à plusieurs reprises de son soutien et de sa confiance en l’économie européenne. Toutefois, cette aide sans faille n’est pas sans contrepartie, en effet Beijing souhaite le soutien de l’UE à l’OMC pour obtenir le statut d’économie de marché.

Renforcement de la coopération

Lors de sa visite en Europe, le Premier ministre, Wen Jiabao avait rassuré les dirigeants en assurant que le renforcement des relations avec les pays européens « avec la plus grande sincérité« . Quelques jours plus tard, le vice-Premier ministre chinois, Li Keqiang, a réaffirmé ce soutien, lors de son voyage dans les états membres de l’UE et notamment à Bruxelles.

Le 26 avril, Wen Jiabao avait promit d’ouvrir une ligne de crédit de 10,5 milliards de dollars pour « approfondir la coopération » avec l’Europe de l’Est. Ce prêt est destiné à soutenir les projets dans les infrastructures, les technologies de pointe et l’économie verte, a souligné le Premier ministre chinois, lors de la 2nde édition du Forum économique Chine-Pays de l’Europe Centrale et Orientale.

Une semaine plus tard, son successeur, Li Keqiang, a signé sept accords de coopération à Budapest. Ce dernier a expliqué à la presse que « la Chine soutient fermement l’Europe, en paroles et en actes, dans ses efforts pour surmonter la crise actuelle ». Ce dernier a rappelé qu’au « cours des deux dernières années, les importations chinoises en provenance des pays européens ont augmenté à un taux annuel de plus de 25% ».

En 2011, « la Chine a presque doublé ses investissements directs en Europe, et souscrit plusieurs fois aux obligations émises par des pays européens » a indiqué Li Keqiang, lors d’un point presse à Bruxelles.

L’Europe, région majeure pour la Chine

UE Chine 2012« L’Europe représente l’un des  plus importants marchés de Chine, avec 28 % de leurs exportations. Ils ont donc tout intérêt à ce que la zone euro ne s’effondre pas », a expliqué François Godement, directeur de l’Asia Center à Sciences po.

Après être devenue le principal créancier des États-Unis, la Chine est en train d’obtenir le même positionnement en Europe. « Il est difficile de savoir quelle est la part exacte de la dette de la zone euro détenue par Pékin. Contrairement aux Américains, les Européens ne disposent pas de données précises sur l’origine des acheteurs » a expliqué le sinologue français.

Face à la crise économique et financière, les chinois pensent que l’Europe pourra surmonter la crise, raison pour laquelle ils ont acheté en masse de la dette souveraine européenne. D’autant que le changement gouvernemental à venir et les nouveaux objectifs fixés par Beijing devraient jouer dans la relation sino-européenne.

Pour André Loesekrug-Pietri, président du fonds A Capital et spécialiste de la Chine, les chinois constatent que « dans la plupart de ces domaines, (ils, ndlr) jugent que ce ne sont pas les États-Unis, mais l’Europe qui est en pointe ».

Pour un statut d’économie de marché

Voulant éviter une confrontation bilatérale, avec les États-Unis, la Chine a besoin d’une Europe solide afin de conserver son avantage économique, financier et diplomatique.

« Globalement, la stratégie des Chinois consiste, pour un certain nombre de sujets abordés dans les grandes négociations internationales (G20, OMC, conférences sur le climat…), à essayer de rompre le front commun États-Unis-Europe » a précisé Antoine Brunet, directeur du cabinet de conseil AB Marchés.

Ce soutien à l’UE intervient également alors que la Chine demande depuis plusieurs années le statut d’économie de marché. Mais de nombreux européens restent réfractaires à cette condition. En effet, le marché européen pourrait être durement mit en concurrence avec les produits Made In China.

Aujourd’hui, les autorités chinoises réitèrent leur volonté d’acquérir ce statut, lui permettant d’éviter de payer des droits de douane prohibitifs. Sur le plan politico-militaire, Beijing souhaite également la fin de l’embargo sur les armes que Bruxelles avait failli lever il y a cinq ans, avant de renoncer, sous la pression des américains.

Comprenant la complexité de la situation, Beijing avait laissé les choses se faire et « contrairement à ce que l’on entend en Europe, la presse chinoise a plutôt tendance à reprocher à ses dirigeants de ne pas réclamer davantage de contreparties en échange de son aide » a souligné Bei Xu, économiste chez Natixis dans L’Express.

Pour l’instant, Beijing n’a pas clairement posé les conditions de son aide, mais les autorités pourraient le faire à terme, car pour beaucoup d’experts occidentaux, la Chine pourrait devenir la première puissance économique mondiale d’ici à 2030.