vendredi, juillet 12

Mouvement du 4 mai 1919 : un tournant historique et culturel

Le Mouvement du 4 mai a été mené par des étudiants et intellectuels afin de protester contre les décisions prises lors de la Conférence de la Paix réunie à Paris.

Pendant la Première Guerre mondiale, le Japon tente d’établir sa suprématie coloniale sur le territoire chinois. En 1915, le gouvernement japonais présente à la Chine «21 demandes» visant à faire du pays un véritable protectorat japonais.

En entrant en guerre aux côtés des Alliés en 1917, la Chine pense obtenir un siège à la table des négociations de paix, afin de freiner les ambitions coloniales japonaises. La Chine espère également que les États-Unis, conformément à la politique de la Porte ouverte, lui offriront leur soutien.

Mais lors des pourparlers de Versailles, le président Thomas Woodrow Wilson se désolidarise de la Chine et les anciennes possessions allemandes reviennent au Japon, provoquant immédiatement une indignation populaire. Des centaines de groupes, depuis les villes de Chine et les communautés chinoises d’outre-mer, envoient à Paris des télégrammes de protestation.

Pourtant durant une dizaine d’année, jeunes et intellectuels chinois recherchent en Occident des modèles et des idéaux pour réformer en profondeur la Chine. Lorsque la nouvelle arrive en Chine, ils sont choqués par ce qu’ils jugent comme une trahison de Wilson. Un vaste mouvement de protestation antijaponais éclate, le 4 mai 1919, à l’université de Beijing et se propage dans tout le pays.

Étudiants de Pékin lors du mouvement du 4 Mai.

La colère est d’autant plus forte que le gouvernement chinois, alors dominé par la faction du Premier ministre de la République de Chine, Duan Qirui, est fortement soupçonné de corruption pour avoir reçu un prêt du Japon, par un traité secret conclu en 1918.

Le 4 mai 1919, 3000 étudiants se réunissent pour manifester devant la porte de la place Tian An’Men. Ils diffusent un manifeste proclamant que «le territoire de la Chine peut être conquis, mais il ne peut pas être donné ! Les chinois peuvent être tués, mais ils ne peuvent pas être soumis! Notre pays risque sa perte! Citoyens, mobilisez-vous!».

Au cours de la manifestation, un fonctionnaire chinois pro-japonais est battu chez lui et la maison d’une autre personne est brûlée. La policée intervient, il y a un mort et plusieurs arrestations. Outre le traité de Versailles, les nationalistes chinois dénoncent l’ensemble des prétentions japonaise, symbolisé par les «21 demandes», visant à accroitre et à pérenniser la domination japonaise sur la Chine.

La manifestation étudiante entraîne une vague de réaction nationaliste à travers le pays. Les marchands décrètent le boycott des produits japonais et une grève générale à Shanghai finit par paralyser toute l’économie du pays.

Devant l’agitation étudiante de plus en plus forte, les Seigneurs de la guerre au pouvoir à Beijing emprisonnent 1 150 meneurs, avant d’être obligé de les relâcher sous la pression populaire.

Guidés par de jeunes intellectuels progressistes, les étudiants dénoncent également le poids des traditions, le pouvoir des mandarins et l’oppression des femmes. Ils sont favorables à la modernité et aux sciences nouvelles. Ils veulent également que le Beihua, langue chinoise moderne, remplace le chinois littéraire comme langue officielle et langue de l’enseignement.

Manifestations (source : CIIC)

Dès 1915, un jeune intellectuel Chen Duxiu (1879-1942) lance la revue Nouvelle Jeunesse qui contient diverses prises de position en rupture avec la tradition : critique du confucianisme, appel aux valeurs de la jeunesse, soutien à l’espéranto, etc.  Le mouvement du 4 mai est associé à la mouvance de 1915 à 1921, sous le nom de Mouvement de la Nouvelle culture.

Le Mouvement du 4 mai pousse dont le gouvernement à refuser de signer, en juin, le traité de Versailles. Même si il n’a pas d’effet sur les puissances impérialistes occidentales, le mouvement  marque l’émergence d’une conscience patriotique, opposée aux Occidentaux comme aux Japonais, et à l’abolition de l’empire mandchou.

Le mouvement a fortement contribué au développement de la pensée marxiste en Chine ainsi qu’au fondement idéologique du PCC. D’ailleurs,plusieurs personnalités politiquent, comme Chen Duxiu ou Li Dazhao, sont poussés par le Mouvement du 4 mai à adopter des positions de plus en plus à gauche. Ces militants fonderont en 1921 le Parti Communiste Chinois, dans le but de régénérer la Chine.

Le Mouvement du 4 mai est commémoré chaque 4 mai en Chine et à Taïwan, sous des significations un peu différentes. En République Populaire de Chine, la Fête de la Jeunesse célébrée depuis 1949 à Taïwan, c’est la Fête de la Littérature. Depuis  2006, Hong Kong célèbre le Mouvement du 4 mai 1919.

A savoir …

Les «vingt et une demandes» sont divisées en cinq groupes :

  • le premier groupe implique la confirmation des récentes acquisitions du Japon dans la province du Shandong et étendent le contrôle japonais sur les voies ferrées, les côtes et les grandes villes de la province ;
  • le deuxième groupe concerne le chemin de fer de Mandchourie du Sud, déjà contrôlé par le Japon, et étend le bail jusqu’au XXIe siècle. Sont également prévues l’extension du contrôle japonais sur le Sud de la Mandchourie et l’Est de la Mongolie-Intérieure, ainsi que la nomination de conseillers politiques japonais auprès du gouvernement, et des priorités accordés aux investissements japonais ;
  • le troisième groupe accorde au Japon le contrôle du complexe minier de Hanyeping ;
  • le quatrième groupe prévoit l’interdiction faite à la Chine d’accorder davantage de concessions côtières à des puissances étrangères autres que le Japon ;
  • le cinquième groupe contient une série de demandes diverses, incluant la nomination de conseillers japonais auprès du gouvernement central chinois, un contrôle japonais sur les forces de police chinoises, et le droit de Shigenobu Ōkuma, Premier ministre de l’empire du Japon.

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