D’après le Club des correspondants étrangers en Chine, les conditions de travail des journalistes étrangers en Chine se sont encore dégradées en 2018.

Dans son rapport annuel, le Club des correspondants étrangers de Chine (FCCC), une association professionnelle basée à Pékin qui compte 204 membres issus de 31 pays ou territoires, dénonce le harcèlement dont sont quotidiennement victimes les journalistes étrangers et leurs sources en Chine.

Entre la crainte d’avoir son téléphone écouté, les longs délais dans l’obtention des visas, la surveillance lors de reportages, et les interpellations, le travail devient difficile. Un sondage réalisé auprès de 109 personnes « fait état des pires conditions de reportage en Chine de l’histoire récente », a indiqué le Club dans un communiqué.

Au total, 55% des journalistes interrogés estiment que leurs conditions de travail se sont dégradées en 2018, contre 40% en 2017. 91% craignent d’avoir leurs téléphones surveillés par les autorités.

« Ce harcèlement constant est d’autant plus choquant que la Chine profite autant qu’elle peut de la liberté de la presse pour diffuser sa propagande dans les démocraties » s’est indigné Cédric Alviani, directeur du bureau Asie de l’Est de Reporters sans frontières (RSF), qui appelle la communauté internationale « à faire pression sur le régime de Pékin pour qu’il cesse de harceler les journalistes étrangers et leurs sources. »

Sur 27 journalistes interrogés s’étant rendus l’an passé dans le Xinjiang, région autonome Ouïghours, 24 disent avoir été perturbés dans leur travail. Des journalistes étrangers en reportage dans la région ont dû effacer des photos ou des données, interrompre des interviews, et certains ont été interpellés, affirme l’enquête.

« On m’a suivi et traqué sur près de 1.600 kilomètres, avec au moins neuf voitures et 20 personnes », a expliqué Nathan VanderKlippe, correspondant pour le journal canadien Globe and Mail. « La police armée s’est approchée de mon véhicule avec les boucliers levés, en me disant de mettre les mains à l’extérieur de la voiture », a souligné ce dernier dans le rapport.

Le gouvernement affirme que les journalistes étrangers ont le droit d’interviewer les personnes de leur choix, si ces dernières donnent leur accord. Mais les correspondants dénoncent des pressions croissantes des autorités.

Beaucoup affirment avoir eu des difficultés à renouveler leur visa, selon l’enquête du FCCC, organisation jugée « illégale » par Beijing. 6 d’entre eux disent penser que cela avait un rapport avec leur couverture de l’actualité.

Des employés chinois de médias internationaux présents en Chine ont également été harcelés ou intimidés, affirme l’enquête. Pour Tom Mitchell, chef du bureau de Pékin du Financial Times, « c’est de loin le pire que j’ai vu travailler en tant que journaliste en Chine ou à Hong Kong depuis 2000. »

Une analyse partagée par la présidente du FCCC, Hanna Sahlberg, qui a indiqué que « même les médias étrangers vont finir faire l’impasse sur des sujets qu’ils percevraient comme trop compliqués ou trop dangereux à réaliser en Chine. C’est un risque réel. »

Pékin a jugé que le rapport du FCCC ne représentait pas l’avis de l’ensemble des correspondants étrangers en Chine, qui sont de plusieurs centaines. « Ce rapport ne mérite pas une réaction », a estimé Geng Shuang, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

« Nous sommes disposés à faire de notre mieux pour aider à résoudre les problèmes. Mais sur la façon de faire, au lieu de publier un rapport aussi épidermique, qui pointe la Chine du doigt, il vaudrait mieux en publier un plus constructif et plus à même de promouvoir des solutions ».

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