Le géant chinois des télécoms, Huawei, a annoncé avoir lancé une deuxième procédure judiciaire contre l’administration américaine, qui l’a exclu de certaines subventions au nom de la sécurité nationale.

En pleine guerre commerciale, technologique et diplomatique entre Beijing et Washington, Huawei a dénoncé une décision «illégale» de la part de l’administration Trump, qui considère le leader mondial des équipements 5G comme un espion à la botte des autorités chinoises.

«Huawei est une entreprise chinoise. C’est la seule excuse» de Washington pour poursuivre la compagnie», a dénoncé le chef des services juridiques du géant des télécoms, Song Liuping.

Lors d’une conférence de presse au siège du groupe à Shenzhen, ce dernier a annoncé le dépôt d’une plainte aux États-Unis contre sa mise à l’écart d’un fonds fédéral destiné à développer les infrastructures de télécommunications en zones rurales.

Huawei et ZTE sont tous les deux soupçonnés par Washington d’espionnage potentiel au profit de Beijing. Ils ont été exclus en novembre 2019 d’un fonds de 8,5 milliards de dollars géré par la Federal Communications Commission (FCC).

Invoquant «une menace pour la sécurité nationale», la commission fédérale des communications a interdit aux opérateurs télécoms américains de recourir à son Fonds de service universel (USF) pour financer des équipements des deux entreprises chinoises.

La commission a également proposé «d’exiger des entreprises recevant des fonds de l’USF (…) qu’elles retirent et remplacent les équipements et services» qui auraient déjà été fournis par Huawei et ZTE.

Le président de la FCC, Ajit Pai, a expliqué que Huawei et ZTE «ont des liens étroits avec le gouvernement communiste et l’appareil militaire chinois».

Huawei, numéro deux mondial du téléphone portable, est au coeur d’un conflit technologique entre les deux puissances économiques mondiales.

Ren Zhengfei, fondateur Huawei

Washington peste contre le groupe, fondé par un ancien ingénieur de l’armée chinoise, Ren Zhengfei, qui est désormais incontournable pour la fourniture des équipements 5G, la cinquième génération de l’internet mobile.

Song Liuping a estimé que la décision de la FCC n’établissait pas que l’entreprise chinoise constituerait une menace pour la sécurité des Etats-Unis. «Bannir une entreprise comme Huawei, simplement parce que nous avons démarré en Chine, ne résout pas les questions de cybersécurité», a-t-il déclaré.

Huawei a déjà porté plainte en mars 2019 aux États-Unis contre la loi de finances du ministère américain de la Défense, interdisant aux administrations d’acheter des équipements ou services fournis par le géant chinois.

Le département du Commerce avait en plus placé en mai 2019 Huawei et ses filiales sur une liste noire d’entreprises interdites de faire du commerce avec des sociétés américaines.

Une situation complexe pour Huawei, qui dépend de la technologie américaine pour ses smartphones, notamment le système d’exploitation Android de Google. Cette mesure a également porté un coup aux entreprises américaines, dont Huawei est le plus important client et pour les opérateurs qui comptent sur ses équipements pour installer la 5G.

Face à ces difficultés, l’administration Trump a commencé en novembre 2019 à donner un feu vert spécifique à des entreprises américaines souhaitant fournir des composants à Huawei, mais uniquement à celles exportant des produits non sensibles sur le plan de la sécurité nationale.

Ce nouveau répit de 90 jours est le troisième depuis mai 2019, car le département du Commerce veut continuer de desservir des zones rurales les plus reculées des États-Unis pouvant être privées de technologie mobile.

De son côté, ZTE a frôlé la faillite en 2018 après l’interdiction du gouvernement américain auprès des entreprises américaines de vendre des composants vitaux à ZTE, en raison de ses relations avec l’Iran et la Corée du Nord.

Le président américain Donald Trump est ensuite revenu sur sa décision et a permis à ZTE de reprendre ses importations mais à de strictes conditions.