Le Premier ministre canadien Justin Trudeau va effectuer sa première visite en Chine, du 30 août au 6 septembre, où il participera notamment au sommet des dirigeants du G20, à Hangzhou, les 4 et 5 septembre.

Pour l’ambassadeur de Chine au Canada, Luo Zhaohui, « la Chine croit que le jeune gouvernement libéral représente de nouvelles occasions de renforcer ses liens commerciaux avec le Canada« , a déclaré l’ambassadeur dans une entrevue accordée à La Presse canadienne.

Litige sur les graines de canola

Graine de canolaEn effet, depuis son arrivée au pouvoir, Justin Trudeau souhaite redynamiser les relations économique entre les deux pays. Dans un communiqué de presse, publié en juin, il assurait qu’un « approfondissement de la relation entre le Canada à la Chine créera de nouveaux débouchés pour les entreprises canadiennes ».

D’autant plus que la Chine est « un client capital pour 43’000 agriculteurs du pays, principalement dans l’ouest du Canada, mais aussi en Ontario et au Québec, qui exportent leurs produits de canola par l’intermédiaire des manutentionnaires de grains ».

Ainsi, en 2015, la Chine a acheté plus de 40% de l’ensemble du canola canadien vendu à l’étranger, celles-ci servent à produire de l’huile de cuisson haute gamme. Cependant, l’ambassadeur de Chine a affirmé cette semaine que le Canada avait été intransigeant et injuste dans la façon dont il a entamé les pourparlers sur la question des exportations canadiennes de canola, en 2009.

D’autant plus que la Chine est préoccupée par la propagation d’une maladie fongique, exhortant les exportateurs canadiens à réduire de moitié la présence de matières végétales d’ici le 1er septembre. Une demande rejetée par les autorités canadiennes, qui ont assuré qu’il a été démontré scientifiquement qu’un tel changement ne réduirait pas les risques pour la santé.

« Au cours de ce voyage, je chercherai à resserrer et à équilibrer davantage la relation entre le Canada et la Chine, de manière à réaliser le potentiel inexploité des liens commerciaux de nos deux pays et à faire avancer d’importants dossiers, tels que la bonne gouvernance, la règle de droit et l’environnement« , a précisé le Premier ministre.

Les Droits de la personne, le sujet qui fâche

Le Premier ministre canadien a exprimé sa volonté de faire part de ses inquiétudes en matière de respect des droits de la personne. Fidèle à la tradition, Justin Trudeau va aborder les cas de violation des droits de la personne répertoriés sur son territoire, dont le dossier de Kevin Garratt, canadien détenu en Chine depuis son arrestation, en 2014 pour espionnage.

Premier Ministre, Justin Trudeau et l'Ambassadeur de Chine au Canada, Luo Zhaohui

Premier Ministre, Justin Trudeau et l’Ambassadeur de Chine au Canada, Luo Zhaohui

« La Chine n’a jamais prétendu que ses droits de la personne sont parfaits« , a reconnu l’ambassadeur Luo Zhaohui dans un texte publié sur le site du Globe and Mail.

Cependant, « compte tenu des différences entre l’histoire, la culture et le système politique de la Chine et du Canada, il est bien naturel que les deux pays aient possiblement des opinions différentes quant aux droits de la personne. […] Nul ne devrait être aveuglé par de telles différences et par conséquent ignorer les intérêts globaux d’une coopération« , a-t-il toutefois ajouté.

Les attentes de la Chine sont « élevées », a souligné l’ambassadeur chinois, d’autant que « les deux pays se rendront (tous deux) visite en l’espace de peu de temps. C’est assez inhabituel, cela démontre que nous accordons beaucoup d’importance à ces relations bilatérales ».

Renouer des relations tendues

Après une décennie de relations difficiles avec le gouvernement de Stephen Harper (2006-2015), « je m’attends à cela, ils vont bien le recevoir », a estimé le spécialiste de la Chine de l’Université Sherbrooke, Serge Granger.

« Disons que M. Harper avait commencé un peu son mandat sur les chapeaux de roues. Son message avait été très mal perçu en Chine » a expliqué ce dernier à IciRadio-Canada. L’ancien président canadien avait été intransigeant sur la question des Droits de la personne.

Cependant, la visite de Justin Trudeau devrait annoncer un « retour à la normalité » des relations sino-canadiennes, a indiqué Serge Granger. « C’est un retour à ce dialogue qui n’était relativement pas très public, mais un dialogue entre le Canada et la Chine qui se fait plutôt par des comités de travail » a souligné l’expert.

Pour lui, « c’est un retour vers le futur« , en référence à la démarche entreprise Pierre Elliott Trudeau qui avait officiellement reconnu la Chine communiste en 1970 et instaurer une relation diplomatique et commerciale.