D’après le South China Morning Post, une nouvelle frontière a été proposée en mer de Chine méridionale par Beijing, afin de définir plus nettement des revendications territoriales.

La limite proposée serait sous la forme d’une ligne continue précise rejoignant la « ligne de neuf traits » en forme de U qui marque la vaste zone revendiquée par la Chine dans la mer de Chine méridionale.

Carte avec les 9 lignes revendiquées par la Chine

La «ligne de neuf tirets» est apparue dans un premier en tant que ligne de 11 traits sur les cartes chinoises des années 1940. Deux tirets ont été enlevés plus tard pour contourner le golfe du Tonki, en accord avec les autorités vietnamiennes.

Ces neuf lignes s’étendent sur 2 000 km de la Chine continentale jusqu’à quelques centaines de kilomètres des Philippines, de la Malaisie et du Vietnam.  Cette ligne continue, si elle est adoptée, comprendrait toutes les eaux contestées, comme les îles Paracel, les îles Spratly, James Shoal et Scarborough Shoal.

Cela permettrait à la Chine de revendiquer le droit à des activités telles que la pêche, la prospection et l’exploitation minière pour des ressources énergétiques ou minérales, ainsi que la construction de bases militaires, d’après le SCMP.

Dans une décision de juillet 2016, un tribunal des Nations Unies a statué que la Chine n’avait aucune base légale pour revendiquer la zone dans la «ligne de neuf tirets». L’une des raisons invoquées par le tribunal était que la Chine, avec ses neuf lignes brisées, ne pouvait pas définir le territoire avec précision.

Une ligne continue, par conséquent, déterminerait pour la première fois la zone précise que la Chine prétend posséder avec des droits historiques, a déclaré au SCMP, une source proche du projet financé par le gouvernement chinois pour étudier la nature dans la région contestée, riche en énergie et en gisements minéraux.

Des analystes ont cependant indiqué que la Chine ne devrait pas remplacer officiellement la «ligne à neuf tirets» par une ligne continue, car cela pourrait nuire à la stabilité de la région.

Le Dr Ian Storey, chercheur principal à l’Institut ISEAS-Yusof Ishak de Singapour, a également indiqué que «si la Chine indique ses revendications dans la mer de Chine méridionale par une ligne continue qui rejoint les neuf tirets, cela représenterait une répudiation complète de la décision du tribunal arbitral de juillet 2016», a déclaré SCMP, citant le Dr Storey,

Carte des revendications en mer de Chine méridionale. Wikimedia

La Chine revendique la majeure partie de la mer de Chine méridionale, tout comme le Brunei, la Malaisie, Taïwan, le Vietnam et les Philippines. Cette zone est une route commerciale importante, abritant des espaces pouvant détenir de grandes quantités de pétrole et de gaz naturel.

Ces dernières années, le gouvernement chinois a envoyé sa marine et son armée de l’air effectuer à plusieurs reprises des exercices en mer de Chine méridionale, où le gouvernement construit des îles artificielles ainsi que des pistes d’atterrissage et d’autres installations.

La ligne continue proposée comme frontière se baserait sur des preuves historiques, particulièrement  une carte officielle approuvée par le pouvoir central chinois en 1951. Il est mentionné sur la carte que la zone de la mer de Chine méridionale revendiquée par Beijing était marquée par deux lignes continues.

Une première ligne noire intérieure indiquant la limite souveraine de la Chine et une seconde ligne rouge extérieure indiquant où la Chine pouvait exercer son pouvoir administratif, selon le SCMP. Les détails de la carte ont été publiés par une équipe de scientifiques dans le journal scientifique China Science Bulletin en mars 2018.

Cependant, le gouvernement chinois est très peu susceptible de définir concrètement une frontière, via cette ligne continue sur une carte officielle. D’après un expert, proche du dossier, «le gouvernement chinois n’a actuellement aucun plan pour changer les lignes de tiret». D’autant plus que «la plupart des diplomates et des experts en droit de l’océan s’opposeront à rejoindre les tirets».

«Et les pays ayant des revendications territoriales concurrentes veulent être assurés que la stratégie de la Chine en mer de Chine méridionale reste ouverte et claire», a déclaré le professeur Yu Minyou, directeur de l’Institut chinois des études des frontières et des océans de l’Université de Wuhan.

«La Chine veut parvenir à la paix, la stabilité, l’harmonie et la prospérité dans la région», a-t-il déclaré au SCMP, assurant que les autorités sont «disposés à partager les ressources naturelles avec d’autres pays et à laisser les différends à résoudre à l’avenir».