Le 9 juin, le président Xi Jinping a rencontré le Premier ministre indien Narendra Modi, afin de plaider en faveur d’une coopération bilatérale plus étroite.

Pour le président chinois, « face aux changements profonds et complexes qui se produisent dans la situation internationale, la Chine et l’Inde (…) devraient accorder davantage d’attention à la coopération et se traiter comme des partenaires, afin d’insuffler un nouvel élan à leur développement et de contribuer à la paix, à la stabilité et au développement dans le monde ».

La Chine tient à conserver de bonnes relations avec son voisin, qui cherche à la concurrencer dans divers domaines : aérospatial, démographie, politique africaine, science et technologie, …

Xi Jinping a assuré que son pays « attachait une grande importance à ses relations avec l’Inde et était prête à travailler avec elle pour renforcer la confiance politique mutuelle, relier leurs stratégies de développement, approfondir la coopération pratique et maintenir la coordination et la coopération dans les affaires internationales et régionales afin de faire avancer leur partenariat de coopération stratégique de manière durable, saine et stable ».

Les représentants indiens sont sur la même longueur d’onde. Le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Vijay Kumar Singh, a rencontré le 9 juin le chef de la diplomatie chinoise, Wang Ji, à qui il a assuré que  « l’Inde est impatiente de renforcer et approfondir son partenariat stratégique et le dialogue mutuel avec la Chine ».

Xi Jinping souhaite marquer un peu plus son influence dans la région, en promouvant  la connectivité régionale et le développement commun avec l’Inde. L’intérêt pour lui est de mettre en avant la construction du couloir entre le Bangladesh, la Chine, l’Inde et le Myanmar et de renforcer la coopération au sein de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII).

La BAII se met l’Inde dans la poche  

D’ailleurs cette dernière a d’ailleurs octroyé en mai son premier prêt l’Inde pour un montant de 160 millions de dollars pour financer un projet électrique en Inde.

Le projet, cofinancé par la Banque mondiale, fait partie du programme du gouvernement indien « 24×7 Power for All » et renforcera le système de transmission et de distribution d’électricité dans l’Etat d’Andhra Pradesh, dans le sud-est de l’Inde.

Le président de la BAII, Jin Liqun, a indiqué que « la BAII soutient ses membres dans leur transition vers un bouquet énergétique à faible émission en promouvant l’amélioration de l’efficacité énergétique, comme la mise à niveau des réseaux existants de transmission et de distribution ».

Le projet « constituera le point de départ pour permettre à la BAII d’étendre son aide à d’autres pays d’Asie qui se dirigent vers une initiative Energie pour tous », a indiqué D.J.Pandian, vice-président et responsable en chef de l’investissement de la BAII.

Un mois plus tard, la BAII approuve son 1er investissement en actions, d’une valeur de 150 millions de dollars (133,5 millions d’euros), afin de stimuler des capitaux privés.

« Les investissements seront destinés au Fonds pour les infrastructures de l’Inde, qui vise à investir dans les entreprises de taille moyenne du secteur des infrastructures en Inde. Le projet bénéficiera au développement des infrastructures locales en renforçant les flux de capitaux privés des investisseurs du monde entier à long terme« , selon un communiqué de presse de la BAII.

Pour D.J. Pandian, « l’approbation de notre premier investissement en actions est un autre jalon pour la banque et cela renforcera notre potentiel pour trouver et financer des projets du secteur privé de haute qualité« .

Consolider les échanges bilatéraux

Narendra Modi, Premier ministre indien et Xi Jinping, Président chinois.

Xi Jinping souhaite accroître la communication et la coordination dans les affaires multilatérales ainsi qu’une maîtrise et un traitement approprié de leurs différends et des questions sensibles qui les opposent. De son côté, Narendra Modi a assuré qu’une « relation solide entre l’Inde et la Chine contribuerait à stabiliser la situation internationale« .

Malgré cette bonne entente, l’Inde reste un concurrent direct de la Chine, notamment avec son absence remarquée au Sommet Ceinture et Route, les 14 et 15 mai. New Delhi est en désaccord avec le tracé de cette route, dont la principale autoroute passe par le Cachemire pakistanais, revendiqué depuis 70 ans par l’Inde.

La capitale indienne considère ce tracé inadmissible, d’autant que Beijing soutient  depuis des années le Pakistan, ennemi traditionnel de l’Inde et développe dans ce pays l’un des bras de sa nouvelle route de la soie, avec la construction de route et de ports, pour un investissement de 42 milliards d’euros.

Or l’opposition de l’Inde reste isolée, car tous les pays de la région, hormis le Bhoutan, ont décidé de s’associer à la Chine, afin de construire au plus vite leurs infrastructures grâce aux emprunts chinois et au savoir-faire de ses entreprises de construction.

« L’Inde avait fait beaucoup d’offres, que ce soit en Afrique ou dans les pays asiatiques (Sri Lanka, Népal, ndlr). Mais ils n’ont pas encore été fructueux à cause des échecs bureaucratiques. Ces pays ne voudraient pas attendre l’Inde et, dans ce sens, la Chine a été beaucoup mieux équilibrée« , a expliqué Alka Acharya, professeur d’études chinoises à l’Université Jawaharlal Nehru de New Delhi (JNU) au site QZ.

D’ailleurs, la visite en juin du secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Vijay Kumar Singh, montre un certain revirement de New Delhi vis-à-vis de la Beijing. Ce dernier a rencontré en Chine le chef de la diplomatie chinoise, Wang Ji, afin de lui assurer que « l’Inde est impatiente de renforcer et approfondir son partenariat stratégique et le dialogue mutuel avec la Chine« .

Pour l’ancien ambassadeur en Chine, Shiv Shankar Menon, les relations indo-chinoises « peuvent être réparées », après une trentaine d’année de tension. Mais Nitin Pai, du groupe de réflexion Takshashila Institution, assure lui que l’entrée de l’Inde à l’OCS, est une mauvaise idée.