Pékin va sanctionner au groupe Ant Group d’une amende de plus d’un milliard de dollars, ont déclaré six sources ayant une connaissance directe de la question à l’agence de presse, Reuters.

Selon ces sources, Pékin prépare ainsi la fin de la révision réglementaire de deux ans de la société fintech, qui avait vu son propriétaire Jack Ma être sur la sellette.

La Banque populaire de Chine (PBOC) est le régulateur qui prépare l’amende, ont déclaré cinq des sources. La banque avait piloté la restructuration de Ant Group après que l’introduction en bourse de 37 milliards de dollars de la société chinoise ait été sabordée à la dernière minute en 2020.

Ensemble des articles autour d’Ant Group

La banque centrale a été en communication informelle avec Ant Group au cours des derniers mois sur le sujet de l’amende qui va lui être infligé, ont déclaré trois des cinq sources.

Elle prévoit de tenir d’autres discussions avec d’autres régulateurs concernant le remaniement d’Ant d’ici quelques semaines, et d’annoncer l’amende dès le deuxième trimestre de l’année 2023, a déclaré une source.

L’amende infligée à Ant Group pourrait permettre à la société d’obtenir la licence de holding financier, de renouer avec la croissance et de relancer ses projets d’entrée en bourse. Toutefois, l’amende devrait être la plus importante sanction réglementaire imposée à une société Internet chinoise depuis que la société de covoiturage Didi Global a été condamnée à une amende de 1,2 milliard de dollars par le régulateur chinois de la cybersécurité en juillet.

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La filiale de la société fintech, le géant chinoise du commerce électronique Alibaba Group, a reçu en 2021 une amende record de 18 milliards de yuans (2,51 milliards de dollars) pour violation des règles antitrust.

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Ces sanctions s’inscrivent dans le cadre de la vaste campagne de répression menée par Pékin à l’encontre des géants de la technologie de la Chine, ce qui a réduit leur valeur de plusieurs centaines de milliards de dollars et diminué leurs revenus et leurs bénéfices.

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Ces derniers mois, les autorités chinoises ont changé de ton et sont devenues moins agressives envers les dirigeants, réduisant ainsi la pression sur les sociétés de technologique afin de soutenir une économie mise à mal par la pandémie de COVID-19.

L’amende devrait se concentrer sur les violations présumées de Ant Group relatives à une « expansion désordonnée du capital » et les risques financiers correspondants que ses activités autrefois libres ont causés, a déclaré l’une des sources.

Ant Group et la Banque populaire de Chine n’ont pas répondu aux demandes de commentaires de Reuters. Cependant, toutes les sources se sont exprimées sous le couvert de l’anonymat car elles n’étaient pas autorisées à parler aux médias.

Ant Group dans la tourmente depuis deux ans

En novembre 2020, les autorités chinoises ont mis fin à l’introduction en bourse de Ant Group, qui devait être la plus importante au monde, après des critiques sur le système réglementaire chinois formulées publiquement par son fondateur, Jack Ma. Le milliardaire dénonçait un système qui étouffait l’innovation.

Par la suite, les régulateurs ont entrepris un audit de l’empire de Jack Ma, en commençant par une enquête antitrust sur Alibaba. Jack Ma, l’un des hommes d’affaires les plus prospères et les plus influents de Chine, est resté très à l’écart du public depuis la mise sous surveillance de ces activités.

Les régulateurs ont obligé Ant Group à réorganiser sa structure commerciale et à la soumettre à une surveillance réglementaire plus stricte. Les activités du groupe couvrent le traitement des paiements, les prêts à la consommation et la distribution de produits d’assurance.

Depuis avril 2021, Ant Group fait l’objet d’un vaste remaniement de ses activités, notamment devenir une société de portefeuille financier, soumise à des règles et à des exigences de fonds propres similaires à celles des banques.

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La refonte comprend le regroupement des deux activités lucratives de microcrédit d’Ant Group dans une unité de financement des consommateurs et le partage de son trésor de données sur plus d’un milliard d’utilisateurs avec des entreprises d’État. Cette mesure devrait réduire sa rentabilité et sa valorisation en freinant certaines de ses activités.

La sanction à l’encontre de Ant Group doit être finalisée avant que la Chine ne nomme un certain nombre de hauts responsables au Conseil d’État et dans d’autres organes gouvernementaux en 2023, ont déclaré quatre des sources.

En effet, le Parti communiste chinois au pouvoir a terminé son Congrès et le remaniement de la direction centrale en octobre. De fait, des postes de haut niveau au sein du cabinet et des organes gouvernementaux vont être réattribués, ce qui arrive généralement lors de la réunion annuelle de l’Assemblée nationale populaire début mars 2023.

D’ailleurs, le chef de la banque centrale, Yi Gang, 64 ans, devrait démissionner car il approche de l’âge officiel de la retraite de 65 ans pour les fonctionnaires de niveau ministériel.

Avant l’interdiction d’introduction en bourse de Ant Group, la banque centrale avait officiellement publié des règles visant à réglementer les vastes et souvent complexes sociétés de participations financières de Chine, dans afin de maîtriser les risques financiers systémiques.

Elle a jusqu’à présent approuvé la création de trois de ces sociétés, dont China CITIC Financial Holdings. La succursale locale de la banque centrale à Hangzhou, où se trouve le siège de Ant Group, a reçu la demande de l’entreprise de créer une société de portefeuille financier en juin, selon deux des six sources et une autre personne.

Toutefois, il est peu probable que la Banque populaire de Chine divulgue officiellement la demande tant que Ant Group n’aura pas terminé sa réorganisation, ont ajouté les sources à l’agence de presse, Reuters.